SCARRON
Vigneul-Marville, cité plus haut, nous fournit sur le burlesque et ses origines, sur Scarron et ses collègues, enfin sur la censure faite par Boileau de ces frivolités grotesques, certains renseignements, qu'il est bon de recueillir. Il déclare que, seul, Scarron réussit " dans ce style-là ", que " cet auteur vraiment " original dans ce genre, ne forma que de très mau- " vais copistes; " il s'étonne de voir " qu'un homme " aussi incommodé que Scarron et qui souffrait les " plus cruelles douleurs, ait pu avoir assez de tranquil- " lité d'esprit et assez d'agrément pour badiner éter- " nellement. "
Vigneul-Marville ajoute : " Il est vrai que Scarron " avait été élevé dans ce burlesque qu'il avait, pour " ainsi dire, sucé avec le lait; et c'est une anecdote " que je dois au public.
" Scarron avait eu pour précepteur Jacques Moreau,
qui entra depuis dans la Congrégation de l'Oratoire; c'était lui sans doute, qui lui avait donné tant de goût pour le btirlesque. Ce fut, apparemment dans le temps qu'il était auprès de Scarron, que M. Moreau composa son poème latin sur les Pygmées; car on avoue dans la préface qu'il était fort jeune lorsqu'il fit cet ouvrage. Or la Pygméïde est tout à fait burlesque, quoiqu'elle soit écrite en vers héroïques... (') " Il est assez plaisant de voir le maitre et le disciple donner, presque en même temps, deux poèmes burlesques, l'un sur les Pygmées )^-â.\iXxç. sur les Géants
" Scarron eut bien des singes. Le téméraire oisif continua le Vh^gile travesti. Charles Coypeau, plus connu par son nom d'Assoucy, entreprit de mettre en vers burlesques le Ravissement de Proserpine, poème grand et pompeux de Claudien. Il rendit aussi ce mauvais office aux Métamorphoses d'Ovide, sous le titre àl Ovide en belle humeur. Despréaux, pour le dire en passant, qui ne lui sut pas bon gré de vouloir perpétuer un style qu'on devait avoir enseveli dans le tombeau de Scarron, le foudroya par ce vers :
•'' Et jusqu'à d'Assoucy, tout trouva des lecteurs (=).
" Horace ne fut pas exempt de cette sorte d'insulte. " Un rimailleur se trouva assez de loisir, pour mettre " en vers burlesques trente-huit odes de ce poète. " L'ouvrage fut imprimé à Leyde, chez Jean Sambit, " en 1653. Le même libraire donna, la même année, " L'Odyssée d' Homère, ou les Ave^itui^es d'Ulysse en " vers burlesques. L'auteur, qui estima assez cet ouvrage,
I. On y trouve entre autres choses amusantes une description du pays de Cocagne.