Vigneul de Marville, Mélanf^es d^hist., etc. Patru
2. V. Perrault, Les hommes illustres de ce siècle, 1700, t. II, p. 66,
Fort heureusement, il y eut des muses qui chantèrent ou rimèrent en dépit de QuintiHen-Patru. Cet habile arrangeur de phrases avait du goût, du savoir, du génie, ou la patience qui en tient lieu. Mais ce Calchas de la Grand' Chambre fit à plusieurs reprises des réponses qui ont nui à sa gloire. La Fontaine alla un jour, comme les autres, lui soumettre certaines idées qu'il avait en tête. Il prétendait " mettre des Fables en " vers ". — En vers! répondit Patru; ce serait chose superflue, gênante, maladroite. Superflue; car le " prin- " cipal ornement des Fables est de n'en avoir aucun"; — gênante; car, " la contrainte de la Poésie, jointe à " la sévérité de notre langue, vous embarrasserait en " beaucoup d'endroits "; — maladroite; car les vers " banniraient de la plupart de ces récits la brièveté, " qu'on peut fort bien appeler l'âme du conte (').
Lafontaine baissa la tête et avoua que M. Patru avait raison : " Cette opinion, dit-il, ne saurait partir " que d'un homme d'excellent goût. " Malgré cela, il se mit à versifier la " Cigale et la Fourmi", et mainte autre petite merveille; croyant pouvoir " faire marcher " de compagnie les grâces lacédémoniennes et les " muses françaises (^). "
Boileau vint à son tour confier à Patru le grand projet d'un Art Poétique français. L'avocat-grammairien reçut très froidement cette ouverture. Quel coup d'audace! Un poète, à peine sorti de la poudre du greffe, si jeune — il avait trente-trois ans à peine! — espérait discipliner tant d'écrivains blanchis sous le harnais!... Boileau s'en revint assez peu flatté de l'accueil; il ne perdit point son temps à disputer contre le disciple de Cujas. Il fit mieux.