‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 20 sur 255 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

A quelque temps de là, Boileau se présenta de nouveau, un cahier à la main et pria Patru de lui octroyer un instant d'audience. Il lut le commencement de la Poétique. Boileau lisait à ravir; ses vers étaient coulants, d'allure franche et ferme. Patru fit comme le maçon, dont il est parlé au chant iv^; " il écouta, approuva, et se corrigea "; à la fin de cette lecture, le censeur avait changé d'opinion. Ses craintes étaient levées et son admiration commençait (').

Si l'on en croit Ménage ('), Patru, fort obligeant par ailleurs, ne revenait point aisément sur un de ses avis motivés; pour l'y forcer, il fallait de l'évidence. Le poète eut de l'adresse et du bonheur, puisqu'il gagna sa cause et convainquit ce juge.

Boileau crut qu'il lui fallait prendre tout le loisir de faire une maîtresse-pièce, digne de son siècle et de la postérité. Il devait décréter, en son iii^ chant, que le " pénible ouvrage, intitulé Poème Épique, veut du " temps, des soins. " Il appliqua cette maxime à son travail didactique; il mit cinq ans à écrire onze cents vers : deux cent vingt vers par an ! Preuve éclatante, à l'appui de son autre maxime : " Hâtez-vous lente- " ment.

Mais, à partir de 1671, il eut sur le métier, pour se tenir en haleine et pour varier son labeur, un poème héroï-comique, une traduction de Longin, un fragment d'épopée (iv^ épître), et plusieurs autres petites besognes. Il passait d'une élucubration à l'autre, aiguisant tour à tour sa verve, son esprit et sa raison. Étude des Latins et des Grecs, satire des modernes, louanges au roi, éloge du bon sens, préceptes entremêlés de cri-

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