Caraci. L. I
" d'avouer qu'il était au moins excellent versificateur; " c'est toute la louange qu'il a pu obtenir de leur cour- " toisie, et ils n'ont point fait difficulté de lui refuser la '* qualité de poète ; — en quoi ils ont fait connaître " leur aveuglement, leur injustice et leur mauvais " goût, puisque, au jugement de M. Huet, il n'y a "jamais eu de poète, même parmi les Grecs et les " Romains, qui ait mieux mérité ce titre que lui ; soit " à cause de son génie qu'il appelle divin, soit à cause "de l'heureux tour qu'il a fait prendre à notre langue, " pour la renfermer dans la mesure des vers, après " l'avoir purgée des taches et l'avoir tirée des grossiè- " retés de sa première barbarie ('),
Boileau a lui-même condensé tous ces éloges emphatiques, en ces trois mots, synonymes de soulagement, d'admiration et même de reconnaissance : " Enfin Malherbe vint.
Il semblerait qu'avant lui, il n'y eût que le chaos: c'est trop dire. Le rôle de Malherbe fut un peu celui de Boileau lui-même, celui d'un régent, d'un pédagogue, plus que d'un créateur. Sa devise pourrait être celle que Boileau s'attribue, quand il se définit :
" Plus enclin à blâmer que savant à bien faire {f) ".
C'est du reste chose instructive que de voir dans la prose de Boileau le correctif du dithyrambe qu'il chante en l'honneur de Malherbe, dans \ Art Poétique. Si Baillet avait lu ce morceau, il eût été fort étonné d'apprendre que Despréaux était un peu de ceux-là qui ne trouvaient point chez le Réformateur l'étoffe d'un Poète. Boileau écrivait à Maucroix, une vingtaine d'années après la composition de X Art Poétique : " La " vérité est, et c'était le sentiment de notre ami Patru,