I. Stances à Alcandre. — 2. Stances à du Périer
3. " Le mot de Stance vient de l'italien Stanza qui signifie demeure, " parce qu'il doit y avoir à la fin de chaque Stance un sens complet. ''{Dictionnaire des Rimes de Richelet,^. xvii.)
4- Traité de la poésie fr. 1 1 1'' P. — 5. Lettres de Racine, 1660.— 6. 4 Juin
l'art l'oÉrii^UE.
Il est certain et très évident pour quiconque a lu Malherbe, que les chutes de ses périodes sont généralement d'une harmonie douce et musicale. Elles sont " nombreuses " , comme Fénelon l'a remarqué : " Les " beaux vers de Malherbe sont clairs et faciles comme " la prose la plus simple, et ils sont, nombreux, comme " s'il n'avait songé qu'à l'harmonie (').
Ily songeait, pour le moins, beaucoup. Il lui prit même un jour une fantaisie bizarre, pour aider ses stances à tomber. — Il s'agit des Stances à Alcandre. — Racan le surprit tout occupé à mettre en rang 50 sous ; ily en avait deux rangs de dix, un de cinq, puis deux autres de dix et un autre de cinq. C'était la figure de la stance, que Malherbe allait laisser tomber de sa cervelle et de sa plume (^).
Mais, comme ses contemporains nous l'apprennent, pour sentir la mélodie de son rythme, il fallait lire ses odes et ne point les entendre prononcer par l'auteur. Les stances ne tombaient point "avec grâce" de ses lèvres : " Malherbe disait les plus jolies chosesdu monde; mais " il ne les disait point de bonne grâce...
" Outre qu'on ne l'entendait presque pas, à cause " de l'empêchement de sa langue, et de l'obscurité de " sa voix, il crachait pour le moins six fois en récitant " une stance de quatre vers. Et ce fut ce qui obligea " le cavalier Marin à dire de lui qu'il n'avait jamais " vu d'homme plus humide, ni de poète plus sec {^). Des Réaux note le même bon mot, la même récitation très peu gracieuse, la même " crachotterie "; et conte, qu'un jour de bonne humeur, Malherbe se moqua de sa prononciation, avouant " qu'il était de " Balbut en Balbutie ('). "
I. Lettre à VAcad. — i. V. Poés. (te Malh. — Éd. Latour, p. xix. — 3. Entretiens. Entr. xxxvil". — 4. T. l, p. 287.
Au surplus, ce serait une erreur considérable, que de prendre pour des vérités absolues les expressions du vers de Boileau. Si Malherbe fut un ouvrier très soigneux de la cadence, ce n'est point lui qui apprit la variété, le nombre, la chute élégante, aux strophes françaises. Malherbe n'a fait qu'enrichir l'héritage déjà très riche de Ronsard. Les ''stances" harmonieuses avaient été devinées, cherchées, cultivées, par la Pléiade; Ronsard, du Bellay, Remy Belleau sont les inventeurs de notre rythme lyrique. Rien ne tombe avec plus de " grâce " que leurs stances badines ou mélancoliques. Malherbe a-t-il un seul mètre plus souple que celui du Tombeau de Ronsard, ou de V Avril de Belleau?
Enfin, les strophes de Malherbe, malgré leur perfection, ne sont point sans reproche. L'Académie naissante s'avisa d'en étudier quelques-unes par le menu; elle prit son temps et y mit près de trois mois. C'était un peu plus qu'il ne fallait, pour voir (ce qu'elle vit), que dans chaque stance, ou à peu près, il y aurait à changer " quelque chose ou plusieurs, si cela se pou- " vait, en conservant ce beau sens, cette élégance " merveilleuse et cet inimitable tour de vers qu'on " trouve partout dans ces excellents ouvrages ('). "
Tel est l'avis de Pellisson.
" Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.
Ronsard accordait ces hardiesses à ses vers, par principe et après réflexion. Il convient naïvement, dans la Préface de la Franciade, qu'il avait changé d'opinion sur l'enjambement du vers français : " J'ai " été d'opinion en ma jeunesse que les vers qui en-