‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 216 sur 255 · I. Éd. de 1692, p. 18. — 2. Saf. IV · texte numérisé non relu

I. Éd. de 1692, p. 18. — 2. Saf. IV

" Marot. " Le même auteur déplore un enjambement qui dépare une Tragédie de Racine : " On serait bien " aise, dit-il avec une certaine mélancolie, de ne pou- " voir pas produire d'exemples de Vers enjambés, chez " les auteurs qui font règle ('). " Puis il revient sur les enjambements tolérables; il nomme à ce propos Benserade et La Fontaine; il accorde un peu plus de latitude au style " familier" et "burlesque". Mais il en a presque du scrupule : " Toutefois il serait mieux " d'user rarement de cette licence, et uniquement " dans les endroits, où l'on sent qu'elle est délicate et " agréable; mais jamais dans le style sérieux, et sur " la scène (').

Est-il concevable qu'après les lois de Malherbe et de Boileau, un admirateur, un disciple, un ami de ce dernier ait osé ériger l'enjambement en " effet de l'art! " L'abbé de Villiers est responsable des hexamètres suivants :

" Avec art quelquefois le vers peut enjamber,

" Et sur un demi-vers avec grâce tomber,

" Même au milieu d'un mot reposer l'hémistiche (!)

" Et se permettre aussi quelque rime moins riche;

" Défauts que l'on pardonne au poète sensé,

" Moins jaloux d'un beau vers que d'un mot bien placé (3), "

Combien de rébellions, et, pour parler comme Malherbe, d' " hérésies " poétiques, en ces quelques lignes! Et ces lignes (quelle témérité!) sont farcies de réminiscences de Boileau ('*).

I. //« P. Ch. 5. — 2. Ibid. — 3. Poèmes, etc., éd. de 17x2, p. 379. 4. Le même abbé de Villiers prenait sans façon des airs bravaches et Boileau l'avait surnommé " le Matamore de Cluny ".

" Tout reconnut ses lois ; et ce guide fidèle

La royauté de Malherbe ne fut pas admise d'emblée ; et même une fois admise, elle eut à subir des assauts et des révolutions. Les ennemis se montrèrent surtout, quand Malherbe voulut faire sentir autour de lui son droit de conquête : " Desportes, Bertaut, et " des Yvetaux même critiquèrent tout ce qu'il fit ('). Régnier y répondit par des Satires.

Le poète indépendant, Théophile de Viau, se déclara hautement rebelle, et qui plus est, en fort bons vers :

" Imite qui voudra les merveilles d'autrui :

" Malherbe a très bien fait, mais il a fait pour lui.

" Mille petits voleurs l'écorchent tout en vie ;

" Quant à moi, ces larcins ne me font point envie :

*' J'approuve que chacun écrive à sa façon ;

" J'aime sa renommée et non point sa leçon.

" Ces esprits mendiants, d'une veine infertile, " Prennent, à tout propos, ou sa rime ou son style, " Et de tant d'ornements qu'on trouve en lui si beaux " Joignent l'or et la soie à de vilains lambeaux, " Pour paraître aujourd'hui d'aussi mauvaise grâce " Que parut autrefois la corneille d'Horace. "

Théophile n'est pas un auteur de tout point recommandable. Mais sa révolte contre le Dracon du Parnasse est son moindre crime. Théophile n'eut point tort de réclamer contre 1' " esclavage du sot bétail ", qui s'imagine qu'on peut copier Malherbe ou n'importe quel maître.

Il ne fut pas le seul à s'inscrire en faux, par avance, contre l'affirmation de Boileau : " Tout reconnut ses lois. " Thomas de Courval-Sonnet, poète de Vire, se plaignait, au temps de Malherbe, du peu de goût de ses collègues, indociles au frein malherbien :

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