I. Lettre à VAcad. CK. v, i.Préc. rid.ysc.vii
" ce qui a donné lieu en notre langue au nom de phébus. " Ce n'est pas que quelquefois le phébus ne devienne " obscur jusqu'à n'être pas entendu; mais alors le gali- " matias s'y joint; ce ne sont que brillants et que ténè- " bres de tous côtés (').
On peut voir de beaux exemples de l'un et de l'autre dans ce dialogue du P. Bouhours. A l'époque du P. Bouhours et de Boileau, le beau-ténébreux avait généralement disparu de la poésie française ; on était très loin des Nervèze et déjà loin des Précieuses ; et le prosateur académicien Charpentier se félicitait de comprendre nos poètes : " Ils sont, disait-il en 1682, entrés " dans la même route que les Grecs, sans songer peut- " être à les suivre. Ils ont quitté ces grands mots qui " faisaient peur ; et ne prenant que des mots propres, " des mots communs et entendus de tout le monde, " ils ont fait de très beaux vers et ont mis la ooésie " en l'état qu'elle est. Ils l'ont rendue en même temps " charmante et aisée à entendre (^).
" Il est certains esprits, dont les sonabres pensées " Sont d'un nuage épais toujours embarrassées ; ' ' Le jour de !a raison ne les saurait percer.
" Il y en a (des génies) qui sont naturellement obs- " curs et qui affectent même de l'être. La plupart de " leurs pensées sont autant d'énigmes et de mystères; " leur langage est une espèce de chiffre ; on n'y com- " prend presque rien, qu'à force de deviner (3). "
Maynard avait rencontré un écrivain de cette sorte. Du moins il adresse à quelqu'un, qu'il désigne sous le nom de Charles, ce compliment ironique :
I. ^fa^t. de bien penser^ etc. p. 346. — 2. De VExcel. de la L. fr., t. II, p. (326. — 3. P. Bouhours, Entret. d^Eug. ei d'Ariste, 2" Entret.
" Ton phébus s'explique si bien, " Que tes volumes ne sont rien " Qu'une éternelle apocalypse. "
Segrais en connaissait aussi. " Il y en a, dit-il, qui " trouvent bas et commun tout ce qui est naturel ; ils " pensent qu'il faut s'obscucir et s'enfler, pour paraître " plus élevé (').
La Bruyère aurait pu en nommer. Il parle de ces tirades pompeuses, sonores, creuses, lesquelles ressemblent au tonnerre qui roule et gronde dans les nuages. " Le peuple écoute avidement, les yeux élevés et la " bouche ouverte, croit que cela lui plaît, et, à mesure " qu'il y comprend moins, l'admire davantage. " La Bruyère, aux jours de sa " première jeunesse ", avait cru que ces belles choses étaient comprises de tout le monde, même de leurs auteurs. C'était une erreur charitable, dont l'expérience le détrompa (^).
Ces nuages planent quelquefois sur de hauts génies. Ronsard dut se faire le traducteur de certaines de ses poésies, pour les rendre saisissables à ses amis. Muret l'assure dans une préface pour les œuvres du Poète : " Je puis bien dire qu'il y avait quelques sonnets dans " ses livres, qui d'hommes n'eussent jamais été bien entendus, si l'auteur ne les eût, ou à moi, ou à quelque " autre, familièrement déclarés. "
Il faut croire que ces sonnets étaient seulement, selon la doctrine de Boileau, du galimatias simple, puisque l'auteur y entrevoyait quelque chose. Corneille, d'après une anecdote qui traîne partout, fit quatre vers inintelligibles à... Corneille. L'acteur Baron lui en demanda l'explication; Corneille relut ses vers, ne les comprit pas davantage ; mais il engagea Baron à les déclamer avec force, sûr que le parterre applaudirait.