‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 225 sur 255 · I. Sanieuil, 0/>, poet.^ p. 216. — 2. Réfi, etc., p · texte numérisé non relu

I. Sanieuil, 0/>, poet.^ p. 216. — 2. Réfi, etc., p

" C'est une langue raisonnée, qui n'est pas moins ' ennemie de la superfluité que de la sécheresse.

" Sur tout, chaste jusqu'au scrupule, et d'une déli- " catesse de goût presque infinie ('). "

" En vain vous me frappez d'un son mélodieux, «' Si le terme est impropre, ou le tour vicieux :

La recherche du mot propre était pour Despréaux, comme pour tous les écrivains sérieux, une préoccupation, un travail, quasi un tourment. Son Épître à M. de Lamoio-non nous le montre au milieu d'une nature joyeuse et verte, sous les saules ou les noyers de Haute-Isle, à la poursuite d'un terme qui lui échappe ou qui ne vient pas :

" Tantôt, cherchant la fin d'un vers que je construi, " Je trouve au coin d'un bois le mot qui m'avait fui. "

Lorsqu'il commit son Ode pindarique, Boileau fit part à son ami Racine de la peine qu'il prenait, pour trouver la juste traduction de son idée : "Je vous dirai " que j'ai en quelque sorte achevé \Ode sur Namur, ** à quelques vers près, où je n'ai point encore attrapé " l'expression que je cherche (').

Boileau tout jeune, à vingt-huit ans, avait prononcé le serment (en vers) de choisir toujours le mot voulu par la pensée et non par la mesure :

" ...Mon esprit, tremblant sur le choix de ses mots, " N'en dira jamais un, s'il ne tombe à propos (3)."

Boileau fut rarement infidèle à cette courageuse promesse. Pourtant il y eut quelqu'un, même parmi les meilleurs amis du poète, qui signala, non sans

I. De r Excellence de la Lang. franc, par M. Charpentier, de l'Acad. franc., 1683,1.1!, p.6ioet6ii. — 2. Lellie du I^^ juin i6çj. — 3. 5"rt/. II.

motif, un terme impropre, dans une des Épîtres. Cet habile ne fut point un homme de lettres. Ce fut Antoine, le jardinier de Boileau, celui qui dirigeait " l'if " et le chèvre-feuil ", sous lesquels Boileau chassait à la rime. Ce fut au P. Bouhours qu'Antoine avoua cette critique. " La réponse d'Antoine... au P. Bouhours " fut telle que Brossette la rapporte dans son commen- " taire. Antoine condamnait le second mot de l'Épître " qui lui était adressée, prétendant qu'un jardinier " n'était pas un valet. " C'était le seul mot qu'il trou- " vait à critiquer dans les ouvrages de son maître ('). "

" Mon esprit n'admet point un pompeux barbarisme, " Ni d'un vers ampoulé l'orgueilleux solécisme.

" C'est un pur galimatias, s'écrie Desmarets ; car " l'enflure du vers ne s'appelle pas un solécisme. Et " il n'y a rien de si bas que le solécisme, tant s'en faut " qu'il puisse ÇiXx^ orgueilleux (f)!' Pradon répète mot pour mot ces deux ou trois dernières lignes. Pradon et son devancier ne savaientpeut-être pas que le solécisme est une révolte contre les lois du langage ; or dans toute révolte, il y a de l'orgueil {f).

Vauquelin s'était raillé jadis du style ** ampoulé et " bouffi " ; cette enflure et emphase étant déjà de tout point contraires à la simplicité noble du français ; aussi le vieux poète se rit de

I. L. Racine, Mém. etc. 2^ P. — 2. Déf. du poème hér.^ etc. p. 82.

3. Quand un auteur tient à sa gloire, il respecte humblement le dictionnaire, Vaugelas et l'usage ; s'il veut, par fantaisie, se permettre le solécisme, il doit au moins imiter ce que firent un jour Balzac et Ménage; c'est Ménage qui raconte le fait : " Un jour ayant été longtemps, M. de " Balzac et moi, dans une grande compagnie, à soutenir la réputation " que nous avions de bien parler; tous les autres étant sortis, M. de " Balzac me dit : A cette heure que nous voilà libres, faisons des solécismes ". {Ménag. Éd. de 1693, p. 106-7). — A huis-clos, mais non pas dans des livres.

" Ceux qui cherchent des mots ampoulés et bouffis, " Et des discours obscurs, qui ne sont point confits " Dans le sucre français ('V "

Ce qui prouve, une fois entre dix mille, que l'esprit de l'homme "est toujours borné par quelque endroit", c'est que Boileau lui-même laissa se glisser un solécisme, un vrai solécisme, dans son Art Poétique. Un professeur du collège des Quatre- Nations le découvrit et le dénonça au poète. Boileau convint immédiatement de son tort if). Mais, chose fort étrange, il y avait plus de trente ans qu'on lisait X Art Poétique en France ; et il ne s'était pas même rencontré une Bélise, pour crier, comme chez Molière : " Quel solécisme horrible ! " Ce professeur, plus perspicace que Patru et que tant d'autres, devint ensuite Recteur de l'Université.

Boileau ne condamne que le barbarisme "pompeux", c'est-à-dire téméraire et maladroit. Les barbarismes si français créés par La Fontaine ne sont point de cette catégorie. Ce sont des conquêtes. Voyez par exemple:

" Le fabricateur souverain " Nous créa besaciers... (3). "

— " Camarade épongier... (■*). "

— " La race escarbote. . . (s). "

— • " Celui qui le premier a pu l'apercevoir " En sera \q gobeur... {^). "

— " Grand croqueur de poulets... (7). "

Et je ne sais combien d'autres. Le Dictionnaire de La Fontaine était alors la nécessité, le goût et son oreille très française.

i. Art Poét., L. IL— 2. V. notes du ch. IV, v. 91. — 3- F. I, 7. 4. F. II, II.— 5. F. 11,8. - 6. F. IX, 9. -7. F. VI, 5.

" Sans la langue, en un mot, l'auteurle plus divin, " Est toujours, quoi qu'il fasse, un méchant écrivain.

" Tjie smoothest verse and the exactes! sensé " Displease us, ifill English gWQ offense. "

(Dryden.)

Desmarets, Pradon, Carel, crient à l'envi, comme s'ils se sentaient blessés. Desmarets déclare que cela n'est pas " intelligible ". — "Il (Despréaux) veut dire: " s il manque à bien parler. Mais cela ne le dit pas. " Et par toutes ces choses où il traite de notre poésie, " comme de la césure et autres choses qu'il n'a pu " prendre des Anciens, on voit qu'il manque de force " à s'exprimer, et qu'il tombe, par faute d'avoir eu le " secours d'Horace ou de quelque autre ('). " Pradon copie Desmarets. Mais Carel va plus outre, et traite Despréaux de " Goth ". — " Je ne m'amuse point à " examiner le sens de ces deux derniers vers, qui est " grotesque et embarrassé. Ce ne serait jamais fait.

" Je ne m'attache qu'à ces nobles rimes, qu'il a " employées plus de quinze fois, en ce peu de vers " qu'il a donnés au public. Y a-t-il quelqu'un de nos " poètes célèbres, même dans l'ancienne poésie, que " cet habile homme traite de gothique, qui en ait " usé (^) Psi ce n'est peut-être Marot, très rarement " néanmoins. Et qu'est-ce que d'être Goth, si cela ne " l'est ! de faire rimer \ç. pain avec le vin :

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