Poét. V. 292 etc
" Ainsi recommençant un ouvrage vifis^tfois, " Si j'écris quatre mots, j'en effacerai trois ".
Mais ce labeur, ces retouches, ce limage, Boileau ne les conseillait point aux pauvres génies. Ils y perdraient leur temps et leur huile, comme parlent les anciens. Voilà pourquoi l'une des railleries de Boileau contre la Pucelle, consiste à montrer Chapelain remettant, vingt fois, lui aussi, ses élucubrations sous le polissoir:
"... En vain se lassant à polir une rime,
" Et reprenant vitigt fois le rabot et la lime ('). "
Despréaux n'exige cette tâche que des auteurs animés par " l'influence secrète " et pour des vers bien nés, par exemple, pour ses vers, à lui. Aussi en 1701, le vieux et courageux travailleur faisait-il au public et aux siècles à venir cette déclaration, en leur présentant son édition définitive : " Non seulement je " l'ai revue avec beaucoup de soin, mais j'y ai retouché, " de nouveau, plusieurs endroits de mes ouvrages. Car " je ne suis point de ces auteurs fuyant la peine, qui ne " se croient plus obligés de rien raccommoder à leurs " écrits, dès qu'ils les ont une fois donnés au public. " Ils allèguent, pour excuser leur paresse, qu'ils au- " raient peur, en les trop remaniant, de leur ôter cet " air libre et facile, qui fait, disent-ils, un des plus " grands charmes du discours. Mais leur excuse, à mon " avis, est très mauvaise. Ce sont les ouvrages faits à " la hâte et, comm.e on dit, au courant de la plume, " qui sont ordinairement secs, durs et forcés. Unou- " vrage ne doit point paraître trop travaillé, mais il ne " saurait être trop travaillé; et c'est souvent le travail " même qui, en le polissant, lui donne cette facilité tant " vantée qui charme le lecteur.