L. III
de ce pauvre " monsieur Chapelain "; — " c'est peut- " être pour avoir trop fatigué et impatienté le public " que La Pucelle en a été si mal reçue (') ". Et les épigrammes appelèrent la jeune vierge guerrière travestie par Chapelain "une vieille sempiternelle!"
" Polissez-le sans cesse et le repolissez; " Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
C'est le " Sœpe stylum vei'tas " d'Horace. Vauquelin avait ainsi paraphrasé ce précepte, répété dans la lettre aux Pisons: (Vos, a Pompi/ius sanguis...)
" Vous, ô vrai sang gaulois, reprenez et blâmez " Les vers qui ne sont pas assez vus et limés, " Assez bien repolis; dont la rime tracée " N'a plusieurs fois été refaite et r'effacée; " Et par plus de dix fois corrigez-vous si bien " Qu'à la perfection il ne manque plus rien (^). "
• Les manuscrits du xvii^ siècle témoignent encore de quelle façon les beaux et bons esprits entendaient le "' limae labor et mora'\ — Corneille avouait qu'il avait écrit plus de douze cents vers pour arriver à faire le v^ acte à^Othon. Mais Malherbe sera toujours le parangon des poètes qui polissent et repolissent leurs œuvres. La preuve en est dans cette note de Tallemant : " Balzac dit en une de ses lettres (3) que " Malherbe disait que quand on avait fait cent vers ou " deux feuilles de prose, il fallait se reposer dix ans. " Il dit aussi que le bonhomme barbouilla une demi- " rame (!) de papier, pour corriger une seule stance. " C'est une de celles de l'Ode à M. de Bellegarde ; elle '•' commence ainsi :
\.Jug. des Sav.^ t. I, p. 216. — 2. L. ni. — 3. A Conrart, Liv. n, L. II et 12.
" Comme en cueillant une guirlande,
" L'homme est d'autant plus travaillé etc. (') "
Balzac traitait un peu de cette sorte la prose de ses épîtres. Il écrivait à Boisrobert : " Ne pensez pas que " j'adore les ouvrages de mes mains, quoique j'y prenne " autant de peine que les anciens sculpteurs à faire les " dieux (''). " La Rochefoucauld retoucha telle de ses Maximes jusqu'à... trente fois, d'aucuns disent même trente-six.
Despréaux nous a laissé un fidèle portrait de luimême pendant le feu (?) de la composition :
" Tous les jours, malgré moi, cloué sur un ouvrage, " Retouchant un endroit, effaçant une page, " Enfin passant ma vie en ce triste métier, " J'envie, eri écrivant (3), le sort de Pelletier. "
Jusqu'au déclin de ses ans, Boileau retoucha et retravailla ses pièces. Nous l'avons noté en parlant de l'édition dite favorite. "Il la revit avec soin, écrit " Louis Racine, et dit à un ami qui le trouva attaché " à ce travail : — Il est bien honteux de m'occuper " encore de rimes et de toutes ces niaiseries du Par- " nasse, quand je ne devrais songer qu'au compte que " je suis prêt d'aller rendre à Dieu (*).
Ronsard avait aussi imposé aux jeunes initiés de la poésie le devoir de polir et repolir: " Tu seras laborieux " à corriger et limer tes vers; et ne leur pardonneras, " non plus qu'un bon jardinier à son ente, quand il la " voit chargée de branches inutiles ou de bien peu de " profit (5). "