‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 234 sur 255 · Mém. etc. Il« P. — 5. Abrégé de l'Art Poét. etc. p · texte numérisé non relu

Mém. etc. Il« P. — 5. Abrégé de l'Art Poét. etc. p

L'abbé, académicien, de la Chambre, parlant des ratures qui doivent orner le travail d'un poète, empruntait à un raffinement de son époque, une comparaison ingénieuse : " L'abbé de la Chambre voulait " qu'en écrivant on effaçât beaucoup, et disait que " les ratures sont des mouches qui siéent bien aux " muses ('). " " Madame de la Fayette disait qu'une "■période retranchée d'un ouvrage valait un Louis " d'or; et un mot, vingt sols (^)."

La Mothe avait retenu le précepte de \Art Poétique; il le prouve par son Ode à \ Ombre de Despréaux :

" Dans la carrière glorieuse

" Où de l'art nous cherchons le prix,

" Qu'une lenteur laborieuse

" Polisse ainsi tous nos écrits.

" En vain le fol orgueil nous presse;

*' Effaçons, corrigeons sans cesse;

" Après le bien, cherchons le mieux (3). "

Regnard, modèle de facilité, versifiant un peu comme Ovide, Regnard qui disait à l'Abbé de Bentivoglio:

"... Je n'eus pas encore assemblé douze hivers, *' Qu'errant sur l'Hélicon, je composai des vers, "

effaçait, polissait, limait ses vers faciles; il l'affirme :

" Quelquefois,

" Pour faire quatre vers, je me mange trois doigts (■♦). "

Baillet cite, au long, le passage de Despréaux sur la correction et éclaire une aussi "importante leçon " par l'exemple de tous les siècles. " Cette belle maxime ", dit-il, a été "pratiquée par tout ce qu'il y a eu de plus " judicieux et de plus habiles écrivains de tous les " siècles et sur toutes sortes de sujets. " Baillet ter-

I. Vign. Mar., t. I. — 2. Segrais, Œuv. iV"= Éd. t. II, p. 146. — 3. Odest.\.c. t. II, p. 286. — 4. Œuv. Éd. de 1805, t. III, p. 321.

mine sa revue des âges et des pays, par l'exemple mémorable de Despréaux " cloué sur un ouvrage {')".

Brossette, qui fut la copie de Boileau, voulut un jour faire observer la loi du "'Polissez-le sans cesse'\ par un jeune poète latin. Il raconte triomphalement cet exploit à son original. Un jeune Jésuite, stimulé par Brossette, s'était mis en devoir de traduire l'Epître XI de Despréaux. Brossette envoie les deux premiers distiques à son maître, et ajoute : " Je vous aurais " envoyé le reste de l'Epître; mais je n'ai pas trouvé " qu'elle fût encore en état de paraître devant un juge " tel que vous; et j'ai conseillé à l'auteur de labo74.rer, " couper, tondre, aplanir, polisser s'â.X.x2A\iç.i\on. Quand " il aura fait toutes ses réparations, je ne manquerai " pas de vous l'envoyer (^).

Brossette était bien formé.

" c'est peu qu'en un ouvrage où les fautes fourmillent, " Des traits d'esprit semés de temps en temps pétillent; " Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu; " Que le début, la fin, répondent au milieu.

A partir de cet endroit, jusque vers la fin du chant i^*", Boileau a mis largement Horace à contribution ; et Brossette prend le soin de reproduire les passages imités. Les deux premiers vers sont de l'Epître i du Livre ii :

" Inter quae verbu?n einicuit si forte décorum, et '• Si versus paulo concinnior unus et alter, " Injuste totum ducit, venditque poema. "

Le quatrième est de la lettre aux Pisons :

" PrijHo fie médium, medio ne discrepet imum. " (V- ^52-)

i.Jucr. des Sav.,t. I, p. 211 et suiv. 2. Corresp. etc. Éd. Laverdet, p. 278.

Ce que Vauquelin rendait ainsi :

'•' Qu'au premier le milieu se rencontre, en la sorte " Qu'au milieu le dernier proprement se rapporte (').

" Que d'un art délicat les pièces assorties

" N'y forment qu'un seul tout de diverses parties.

" Que jamais du sujet le discours s'écartant

" N'aille chercher trop loin quelque mot éclatant.

Les deux premiers vers de ce quatrain amplifient la sentence d'Horace :

" Denique sit quodvis siinplex dumtaxat et uniini. ''(^)

Par les deux autres, Boileau condamne à nouveau le style désordonné ou affecté. Boileau hait le faux éclat, et tous mots attirés de loin ou de force au milieu et à la fin des vers. Il se raille, dans la Satire ix des "Palmes idumées ", amenées d'Orient, pour servir de rimes; dans l'Épitre i'^ il rit des poètes qui, pour grossir leurs hémistiches, prennent Memphis et Byzance, abattent le turban sur les bords de l'Euphrate, et coupent pour la consonance les cèdres du Liban.

Fénelon avec Boileau et avec tout le siècle, proscrivait les mots éclatants et hors de propos : " La plupart ' des gens qui veulent faire de beaux discours, cher- ' chent sans choix également partout la pompe des ' paroles. Ils croient avoir tout fait, pourvu qu'ils ' aient fait un amas de grands mots et de pensées ' vagues. Ils ne songent qu'à charger leurs discours ' d'ornements; semblables aux méchants cuisiniers, ' qui ne savent rien assaisonner avec justesse, et qui ' croient donner un goût exquis aux viandes en y met- ' tant beaucoup de sel et de poivre {^).

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