‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 237 sur 255 · etc., p · texte numérisé non relu

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2. Cette parole est rapportée par Brossette. Taschereau, dans son Histoire de Molière :L. II j, la récuse dédaigneusement. C'est, selon lui, une anecdote invraisemblable, " qui traîne dans tous les ana et qu'on " aurait dû y laisser." La raison sur laquelle Taschereau se fonde est directement réfutée par le texte même de l'anecdote. L'historien de Molière prétend que la modestie de Molière ne lui permettait pas de tenir ce langage. Quoi qu'il en soit de cette raison a priori, Molière, dans les paroles citées se montre parfaitement modeste ; " Je ne suis pas du ■' nombre de ces esprits sublimes... " Et puis, pour toute l'histoire intime de Boileau et de ses amis, Brossette était bien renseigné.

3. Brossette. Notes de La Sut. IL — Lorsque Santeuil eut composé les hymnes du bréviaire parisien, il s'en allait dans les églises ouïr le chant de ses vers et se livrait au.x contorsions d'un homme qui ne se possède pas d'aise.

" Faites-vous des amis prompts à vous censurer :

C'était le conseil de Ronsard. Mais à ce conseil vague, Ronsard joint un avis pratique sur le choix de ces censeurs familiers. Un poète est membre d'une caste privilégiée ; il ne doit être jugé que par ses pairs, c'est-à-dire par ses confrères en poésie. Quel désintéressement Ronsard exige ou suppose de part et d'autre ! " Tu converseras doucement et honnêtement avec les " poètes de ton temps ; tu honoreras les plus vieux " comme tes pères, tes pareils comme tes frères, les " moindres comme tes enfants; et leur communiqueras " tes écrits. Car tu ne dois rien mettre en lumière, qui " n'ait premièrement été vu et revu de tes amis que " tu estimeras les plus experts en ce métier. " {')

Boileau souhaite aux auteurs des amis qui les censurent. Cela se trouve ; mais des amis intimes se faisant critiques impartiaux, cela est rare comme l'amitié parfaite. Les yeux de l'amitié ne voient pas, ou ne veulent pas voir, les taches. Témoin Ménage : " Depuis, " disait le docte angevin, que nous nous sommes " réconciliés, le P. Bouhours et moi, je ne trouve plus " de fautes dans ses ouvrages; il écrit poliment, et avec " justesse ('). "

" Qu'ils soient de vos écrits les confidents sincères, " Et de tous vos défauts les zélés adversaires.

Boileau a déclaré, ailleurs que dans la Poétique, quel cas il faisait des confidences littéraires entre amis sages et gens de goût. Il développe toute sa pensée, au début de sa Réflexion /""^ sur Longin. Après avoir cité un mot du rhéteur grec sur ce même sujet, Boileau poursuit : " Longin nous donne ici, par son exemple,

I. Abrégé de VArt P. etc. p. 403. — 2. Ménag. Ed. de 1693, p. 78.

" un des plus importants préceptes de la Rhétorique, " qui est de consulter nos amis sur nos ouvrages, et " de les accoutumer de bonne heure à ne nous point " flatter, Horace et Quintilien nous donnent le même " conseil en plusieurs endroits ; et Vaugelas, le plus " sage, à mon avis, des écrivains de notre langue, " confesse que c'est à cette salutaire pratique qu'il doit " ce qu'il a de meilleur dans ses écrits. Nous avons " beau être éclairés par nous-mêmes, les yeux d'autrui " voient toujours plus loin que nous dans nos défauts; " et un esprit médiocre fera quelquefois apercevoir le " plus habile homme d'une méprise qu'il ne voyait " pas. On dit que Malherbe consultait sur ses vers " jusqu'à l'oreille de sa servante ; et je me souviens " que Molière m'a montré aussi plusieurs fois une " vieille servante qu'il avait chez lui, à qui il lisait, " disait-il, quelquefois ses comédies ; et il m'assurait " que lorsque des endroits de plaisanterie ne l'avaient " point frappée, il les corrigeait, parce qu'il avait " plusieurs fois éprouvé sur son théâtre que ces endroits " n'y réussissaient point.

" Ces exemples sont un peu singuliers ; et je ne " voudrais pas conseiller à tout le monde de les imiter. " Ce qui est de certain, c'est que nous ne saurions trop " consulter nos amis.

Boileau donna vaillamment l'exemple. Et pour ne parler d'abord que de XArt Poétique, Boileau s'en remit au " crayon sûr " de Patru, lequel fit de ce poème un examen détaillé. Nous le savons par Boileau qui l'affirmait à Brossette, dans une lettre du 3 juillet 1 703. — Vigneul-Marville prétend même que " M. Des- " préaux ne manquait jamais de lire à M. Patru iotts " ses ouvrages, avant de les donner au public ('). "

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