‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 238 sur 255 · I. Mél. 4'= éd. t. I,p · texte numérisé non relu

I. Mél. 4'= éd. t. I,p

Une page des Mémoires de Segrais contient le précepte de Boileau, et le confirme par des exemples illustres : " Ceux qui composent pour le public doivent " communiquer leurs ouvrages à des amis capables " d'en juger et les corriger avant que de les publier. " C'est la manière dont enont usé tous ceux qui aspirent " à la perfection. Monsieur Ménage en a usé ainsi ; et " c'est pour cela que ses ouvrages sont si achevés. " Monsieur de La Rochefoucault l'a pratiqué ainsi, " à l'égard de ses Méînoires et de ses Maximes, " ouvrages écrits avec tant de justesse. Il m'envoyait " ce qu'il avait fait, dans le temps qu'il y travaillait ; " et il voulait que je gardasse ses cahiers, cinq ou six " semaines, afin de les examiner plus exactement, et " que j'eusse plus de temps à juger du tour des pensées " et de l'arrangement des paroles. Il y a des Maximes, " qui ont été changées plus de trente fois. "

Au même endroit Segrais affirme que les Pi'ovinciales furent " vues et revues par une douzaine de " ces messieurs de Port-Royal, qui étaient d'habiles " gens. " (') Une douzaine !...

Les maîtres traitaient alors sévèrement leurs chefsd'œuvre entre eux, à huis-clos, pour les rendre dignes de la cour et de la ville. Boileau nous a nommé Malherbe, Vaugelas et lui-même. Il paraît, selon Boileau et Brossette, que Molière, contrairement à l'usage de ses amis, regimbait contre ces censures un peu importunes. " M. Despréaux m'a dit qu'il avait voulu souvent " obliger Molière à corriger ces sortes de négligences; " mais que Molière ne pouvait jamais se résoudre à " changer ce qu'il avait fait f). " Molière, d'après cette note, se serait contenté de consulter son génie, le goût

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