‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 244 sur 255 · Mém. etc. 11' P · texte numérisé non relu

Mém. etc. 11' P

*' d'un vieux magistrat qui, n'ayant jamais été à la " Comédie, s'y laissa entraîner par une compagnie, à " cause de l'assurance qu'elle lui donna qu'il verrait ' jouer \ Andromaque de Racine. Il fut très attentif au " spectacle, qui finissait par les Plaideurs. En sortant, '* il trouva l'auteur et lui dit: Je suis, monsieur, très " content de votre Andromaque; c'est une jolie pièce: '* je suis seulement étonné qu'elle finisse si gaiement. " J'avais d'abord eu quelque envie de pleurer; mais la •' vue des petits chiens m'a fait rire.

" Le Bonhomme s'était imaginé que tout ce qu'il " avait vu représenter sur le théâtre était Andro- '' 7naque (').

Hélas! le sage, l'austère Despréaux s'oublia quelque peu, sur le déclin triste de sa glorieuse carrière. Il préféra les applaudissements, à l'inflexible justice de l'amitié. C'est encore Louis Racine, son admirateur, qui nous signale chez Boileau un faible, si naturel aux disciples d'Apollon: " On sait que, dans ses dernières " années, il s'occupa de sa Satire sur X Équivoque, " pour laquelle il eut cette tendresse que les auteurs " ont ordinairement pour les productions de leur vieil- " lesse. Il la lisait à ses amis; mais il ne voulait plus " que leurs applaudissements. Ce n'était plus ce poète, " qui autrefois demandait des critiques, et qui disait ** aux autres:

" Écoutez tout le moftde, assidu consultant (^). "

" Il redevint même amoureux de plusieurs vers qu'il ** avait retranchés de ses ouvrages par le conseil de " mon père. Il les y fit rentrer, lorsqu'il donna sa der- " nière édition {^). "

I. IbU^ll" ^.— 2. Art Poét.,Q\i.\\ .— 2,. Méin.sur lavie de J. Rac.îva.

*' Un flatteur aussitôt cherche à se récrier;

" Chaque vers qu'il entend le fait extasier,

" Tout est charmant, divin ; aucun mot ne le blesse:

" Il trépigne de joie, il pleure de tendresse.

" Il vous comble partout d'éloges fastueux.

Horace est plus expressif:

" Clamabit cnim : Ptihhre ! bene ! rede !

" Pallescet super Jiis ; etiatii stillahit amicis

" Ex oculis rare m ; saliet, tundet pede terrain ('). "

La Bruyère a aussi vu et peint ce Zélotes qui se pâme d'admiration, par calcul: " On ne vous demande " pas, Zélotes, de vous récrier: C'est un chef-d'œuvre " de l'esprit; l'humanité ne va pas plus loin; c'est jus- " qu'où la parole humaine peut s'élever; on ne jugera " à l'avenir du goût de quelqu'un, qu'à proportion qu'il " en aura pour cette pièce! — Phrases outrées, dégoû- " tantes, qui sentent la pension ou l'abbaye; nuisibles " à cela même qui est louable et qu'on veut louer (^). "

Toute admiration fausse, fût-elle sincère, ne se tient jamais dans la mesure; témoin l'accueil " fastueux " fait aux vers de Trissotin par les Femmes sava7îtes.

Fhilamifite.

" On n'en peut plus!

Bélise.

On pâme !

A r mande.

On se meurt de plaisir ! (3) "

" La vérité n'a point cet air impétueux.

Boileau ne fut pas, je crois, toujours de ce sentiment. Une fois tout au moins clans sa vie il reçut des éloges très sincères, mais enthousiastes. Et le vieux

I. V. 428 et seqq. — 2. Caraci., ch. I. — 3. Acte III, se. 2.

poète narra ces bravos " impétueux " à Racine. Il s'en était vu combler par le P. de la Chaise, pour son Épître sur V Amour de Dieîi, et il y prenait quelque complaisance : " A la réserve de deux petits scrupules..., " qui lui étaient venus au sujet de ma hardiesse à " traiter en vers une matière si délicate, il n'a fait " d'ailleurs que s'écrier: Ptilc/iref Bene! Rede! Cela " est vrai; cela est indubitable; voilà qui est merveil- " leux; il faut lire cela au Roi; répétez-moi encore cet " endroit!...

" Mais je ne saurais vous exprimer avec quelle joie, " quels éclats de rire, il a entendu la prosopopée de la " fin ('). "

Il est vrai que déjà, suivant Despréaux, l'archevêque de Paris et l'évêque de Meaux (Bossuet) avaient " paru, pour ainsi dire, transportés ", à la lecture de la susdite Epître. Il est vrai, d'autre part, que Despréaux avait une façon de réciter ses vers, qui aidait l'enthousiasme et l'impétuosité de l'admiration. Enfin, ce jour-là, il avait mis dans son débit " toute la force " et tout l'agrément " qu'il avait pu. On s'étonnera donc moins que le poète ait eu la chance d' " échauffer le " Révérend Père ", au point de lui faire crier les trois

adverbes d'Horace.

" Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible, " Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible. " Il ne pardonne point les endroits négligés ; " Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés ; " Il réprime des mots l'ambitieuse emphase ; " Ici le sens le choque, et plus loin c'est la phrase.

Traduction presque littérale et fort heureuse du portrait de l'Aristarque romain Quintilius :

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