Le Triomphe de Pradon, Épître à Alcandre
3. 1^ Poète sincère^ ou les vérités du siècle, Anvers, p. 100.
" les autres, par une ancienne habitude, ils étaient " devenus insensiblement ses propres pensées ('). "
Est-il besoin de faire observer que ces accusations et demi-calomnies furent pour Boileau le coup le plus sensible ? Aux autres invectives, il se tut ; comme Dante traversant les horreurs infernales, il regarda et passa. Mais cette critique réitérée le blessa au cœur. Il s'en plaignit, avec autant d'adresse que de malice : " Je ne répondrai donc rien à tout ce qu'on a dit, ni à " tout ce qu'on a écrit contre moi ; et si je n'ai donné " aux auteurs de bonnes règles de poésie, j'espère leur " donner par là une leçon assez belle de modération. " Bien loin de leur rendre injures pour injures, ils " trouveront bon que je les remercie ici du soin qu'ils " prennent de publier que WLàPoétigtie est une traduc- ** tion de la Poétique d'Horace : car puisque dans mon " ouvrage, qui est d'onze cents vers, il n'y en a pas " plus de cinquante ou soixante tout au plus imités " d'Horace, ils ne peuvent pas faire un plus bel éloge " du reste qu'en le supposant traduit de ce grand " Poète; et je m'étonne après cela qu'ils osent com- " battre les règles que j'y débite.
" Pour Vida, dont ils m'accusent d'avoir pris aussi " quelque chose, mes amis savent bien que je ne l'ai " jamais lu; et j'en puis faire tel serment qu'on voudra " sans craindre de blesser ma conscience (^). "
De Scaliger Boileau ne daigne pas même faire mention ; il est évident de reste qu'il n'est point créancier de cet indigeste compilateur. Quant à Horace, ce n'est point " cinquante ou soixante " vers qu'il lui doit; mais bien cent cinquante; et, au risque de répéter