‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 46 sur 255 · Éléin. de Lit t. Art. PoJiiqiie · texte numérisé non relu

Éléin. de Lit t. Art. PoJiiqiie

2. Mercier choisit mal ses exemples. Boileau ne " s'étend " qu'en un seul vers sur le rondeau; et en deux sur la ballade. (V. ch. ii. )

'}f. Essai sur Part dramaliqtie. — V. M. Gidel, Œitv. de BoiL, t. I, p. 437 et 438.

Nigood, reproduisaient certaines ironies très peu concluantes des Pradon et des Lérac-Carel.

Enfin l'académie de Nîmes proposa pour un de ses prix annuels ce sujet toujours neuf: L' influence de Boileau sur la Littérature française. Elle reçut un discours, " où l'on se moquait d'elle " et où l'on répondait: L'influence de Boileau se réduit à zéro. Cette pièce parut le i^'' mai 1787; elle était anonyme. Les éditeurs l'annoncèrent comme une œuvre vengeresse, comme un appel à la liberté du génie: "Il est bon que " de temps en temps on secoue les fers des préjugés " littéraires ; et les Brutus sont rares dans tous les " pays ! " Le Brutus qui affichait ce placard sans signature, devait, deux ans plus tard, déclamer avec plus d'acharnement encore contre \ancien régime de la France. C était le chevalier de Cubières, le même qui se donna tour à tour les noms de Dorât et de Palmezeaux.

Parmi les aménités que le gentilhomme, futur panégyriste de Marat, débite contre Boileau, il faut faire un choix. Quelques phrases nous suffiront (').

\^ \J Art PoétiqiLe n'est qu'un plagiat: " Vous me " permettrez de voir dans l'auteur du Lutrin un pa- " rodiste adroit des auteurs de l'Iliade et de l'Enéide; " dans celui à^X Art Poétique, un imitateur ingénieux " d'Horace, de Lafrenaye-Vauquelin et deSaint-Geniez " etc.. "

2° UArt Poétique écrase le génie d'une servitude intolérable; il " inspire le désespoir, au lieu d'exciter " l'émulation. " — V! Art Poétique retarda les progrès " qu'auraient pu faire les élèves; il les arrêta à l'entrée " de la carrière, et les empêcha d'atteindre au but que

I. V. La Harpe qui a pris le soin de le réfuter. — Siècle de Louis XIV, Poésie, Boileau.

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" leur noble orgueil aurait dû se proposer. Les infor- " tunés (!) virent la palme de loin, et n'osèrent y " prétendre ; de peur de manquer d'haleine au milieu " de leur course, et de trébucher sur une arène, que le " doigt du législateur leur montrait partout semée " d'écueils et d'abîmes, et plus célèbre mille fois par " les défaites que par les victoires. Boileau en effet " explique les règles de l'épopée, de la tragédie, de la " comédie, de l'ode, et de quelques autres genres de " poésie, avec tant de précision, de justesse et d'exac- " titude, que tout lecteur attentif se croit incapable de " les observer, et que la sévérité des préceptes fait " perdre l'envie de donner jamais des exemples. Il " faut de l'audace pour entreprendre, du courage pour " exécuter ; et Boileau enchaîne l'audace, et glace le " courage (!)

" Avait-on saisi, avant de lire, la trompette héroïque " ou la flûte champêtre, les crayons de Thalie ou les " pinceaux de Melpomène, que les pinceaux tom- " bent de la main, chargés encore de la couleur san- " glante, que les crayons s'échappent honteux d'avoir " ébauché quelques traits, et que la flûte et la trom- " pette se taisent, ou ne poussent plus dans les airs " que des sons expirants ou douloureux (!) "

Voilà bien la rhétorique tapageuse, vide et grotesque des Brutus de France; elle convient à un homme, qui emboucha la trompette, et qui trempa ses pinceaux dans " la couleur sanglante " de 1 793. Cubières pousse ensuite des cris lamentables sur les tombeaux 011 " l'homicide " Boileau plongea tant de génies précoces.

3^ " Que de germes il a étouffés dans le champ de " la poésie ! que d'aigles jeunes encore il a empêchés " de grandir et de s'élever vers les cieux ! Que de

" talents il a tués au moment peut-être où ils allaient " se produire ! " Les infortunés !

4° Puis vient ce dithyrambe : " Lorsque les règles " sont accréditées à tel point, qu'on ne peut les braver " sans être ridicule ; que la philosophie même crain- " drait d'en montrer les divers abus ; lorsque le temps " leur a donné une sanction et des droits imprescrip- " tibles, le poète alors n'ose ni les contredire ni les " éluder. " — Cubières n'a probablement pas vu que ces aveux sont la plus magnifique apologie de Boileau Enfin le futur secrétaire de la Commune exhale ce regret :

5° Pourquoi, au lieu de faire " l'^r/ Poétiqtie ", Boileau n'a-t-il pas écrit " X Art des rois ? " — Tout ce réquisitoire en style sensible ne méritait pas les cinquante pages d'examen et de réfutation dont La Harpe le gratifia. Je ne trouve dans les déclamations de Cubières qu'une phrase de bon sens. Il reproche à Boileau d'avoir maintenu " cet oripeau mythologique, "ces vieilles et absurdes chimères " de la littérature païenne : "Pourquoi vouloir enfermer le génie dans le " champ des fables anciennes, et lui défendre de s'en " écarter } " Ceci est de la vraie philosophie ; mais le chevalier voltairien ment jusqu'à l'effronterie, lorsqu'il assure que la philosophie de son siècle a " fait main basse " sur les sottises de la mythologie littéraire. Nulle part la mythologie n'étala plus niaisement ses " oripeaux ", que chez les versificateurs de ce siècle philosophe.

L'honnête La Harpe ayant répondu triomphalement à cette " brochure forcenée ", entonne l'hymne de victoire. Écoutons (\\xçl\(\uqs /lo7ts-Jlons de ce péan : " Il est à propos de réprimer de temps en temps les " scandales littéraires.

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" Un homme qui juge Despréaux avec le ton d'un " maître, et le déchire avec la fureur d'un ennemi; qui " traite comme de petits esprits, comme des gens à *' préjugés imbéciles, ceux qui honorent l'auteur de " \ Art Poétique, un tel homme insulte toute une nation " éclairée :

" Et j'ai vengé la cause de tous les Français raison- " nables, en vengeant celle de Despréaux...

" Jamais il n'eut plus d'ennemis qu'aujourd'hui, " parce qu'il n'en peut avoir d'autres que ceux du bon " goût, et que leur audace s'est accrue avec leur nom- " bre. "

La Harpe restait en effet à peu près seul champion de Boileau, vers 1789. Tout ce qui savait tenir une plume, ou remplir une phrase, écrivait, déclamait, vociférait contre le ci-devant régent des Muses. Clément a raconté comment ces croassements de la plèbe rimailleuse lui inspirèrent une profonde horreur pour les vers et pour les enseignements de Boileau. " Les " injures que j'entendais débiter contre Despréaux, en " pleine Académie, et les couronnes, les places, que " j'y voyais distribuer à ceux qui criaient le plus haut " contre ce fameux Satirique, m'avaient inspiré le plus " profond mépris ; et je n'en parlais que comme d'un " versificateur assez passable et d'un poète fort médio- " cre(')..." Mais Clément se convertit. Virgile, Horace, Cicéron, c'est-à-dire la poésie, l'esprit, le goût, réconcilièrent ce rebelle avec Boileau (^). Nous verrons tout à l'heure d'autres gens de lettres plus illustres amenés, par les mêmes causes, à résipiscence et faisant humblement amende honorable à l'ennemi des Cotins.

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