III
" // compte des plafonds les ronds et les ovales ; " Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales. "
Malgré mon estime pour l'ensemble de l'ouvrage, je ne saurais m'empêcher de voir en tout cela mainte négligence.
On pourrait en noter d'autres ; ainsi les répétitions d'idées ; le début du chant iv est la redite des quarante derniers vers du chant premier ; — les liaisons forcées ou prosaïques ; — la sécheresse des développements ; et par dessus tout les fantaisies d'histoire. Le poème marche comme le ruisseau décrit au vers cent soixante-septième du chant i^'^ ; lequel
^'' sur la molle arène, " Dans un pré plein de fleurs lentement se promène ; "
c'est bien cela, sauf les fleurs. Point d'images fraîches ou gracieuses, qui reposent l'esprit et colorent la pensée. Ce ruisseau et une bergère imitée de Racan, et une abeille dépouillant de fleurs " le rivage ", voilà, je crois, les trois seuls souvenirs de la campagne, dont Boileau ait orné son livre Poétique. X 'est-ce pas un peu maigre (')?
M. Ém. Lefranc, dans son Histoire critique de la Littérature, émet ce jugement : " Despréaux avait
I. Il y en a deux ou trois autres, mais défigurés par des allusions mythologiques ; comme " les roseaux" où Pan se cache ; et un "orage", où souffle Eole.
" acquis le droit d'être le législateur du Parnasse ; il " fit \ Art PoétiqiLe, ouvragre qui l'emporte de beaucoup " sur \ É pitre atLx Pisons d'Horace, par la récrularité " du plan, par le bonheur des transitions, par l'élégance '• ferme et soutenue du style (').
C'est tout juste le contraire qui nous semble la vérité ; et en cela nous partageons entièrement l'opinion de M. de Pontmartin — et de beaucoup d'autres. Nous avons déjà parlé de la régidarité du plan: le plan d'Horace, sans être désigné par les chiffres précis de chants ou de chapitres, est fort régulier ; et Boileau l'a en bonne partie copié;chezBoileau relevons seulement un détail de plan. "Dans le troisième chant, " l'ordre des idées n'est pas naturel. Pourquoi passer " de la tragédie à l'épopée, à l'aide d'une liaison pure- " ment artificielle, et revenir à la comédie, sans aucune " espèce de liaison(') ?" Après avoir rimé les préceptes du poème épique, les règles du merveilleux, les éloges d'Homère et de Virgile, les satires contre Saint- Amand, Carel, Desmarets, Boileau écrit :
" Laissons-les donc entre eux s'escrimer en repos ; " Et sans nous égarer, suivons notre propos ! "
Ce " pr'^pos ", c'est l'histoire de la comédie ! Quoi qu'en dise Boileau, il s'est certainement " égaré ". On voit en ce même endroit ce que ]\I. Lefranc appelle audacieusement "le bonheur des transitions". Tandis que Boileau travaillait à sa Poétique, le compilateur JMosant de Brieux disait du poète Bertaut : " Bertaut... était un bon couturier et un mauvais " rentrayeur ; c'est-à-dire qu'il ne savait pas assez " l'art de faire ces liaisons imperceptibles que deman-