Préface d^Alaric
peine et en passant l'inspiration, le " mens divinior ". Perrault n'avait pas tort de prétendre que, dans les œuvres de Despréaux, il s'agit, à peu près uniquement, de " versification (') ".
Boileau semble oublier que
" L'art ne fait que des vers, le cœur fait le poète, " comme l'écrira André de Chénier. Toutefois, même au siècle de Boileau, les beaux esprits savaient distinguer la poésie de " l'art des vers". Fénelon, qui en cela plaide un peu pour sa propre cause, marquait ainsi cette distinction : " Le vulgaire ignorant s'imagine que c'est là " la poésie ! On croit être poète, quand on a parlé ou " écrit en mesurant ses paroles. Au contraire, bien " des gens font des vers sans poésie, et beaucoup d'au- " très sont pleins de poésie, sans faire de vers (^).
En parlant uniquement de F " Art des vers ", Boileau traite de ce qu'il sait. Son travail poétique se borne d'ordinaire à enchâsser des axiomes, et de sages conseils, dans des vers faits " avec art". De l'enthousiasme, de l'inspiration, il n'en veut et n'en a que pour " le beau " désordre " de l'ode, lequel même est un effet de l'art (3) ".
Boileau avoue avec quelque modestie, que ses œuvres sont le fruit de la patience, beaucoup plus que de l'inspiration. Un poète belge, le baron de Walef, avait, dans ses rimes, mis Despréaux au-dessus d'Orphée et d'Amphion, qui communiquaient leur ardeur divine même à des rochers. " Vous me faites " entendre, monsieur, lui répond gaiement Despréaux, " que c'est moi qui vous ai inspiré. Si cela est, je suis, " dans mes inspirations, beaucoup plus heureux pour