Ch. II
" VOUS que pour moi-même, puisque je vous ai donné " ce que je n'ai jamais eu (').
L'aveu est humble; il est passablement juste ; est-il très sincère? Parmi les grands auteurs du xvii'' siècle, je n'en connais qu'un, qui ait formellement parlé de l'inspiration de Boileau. C'est Bossuet. 11 écrivait en 1695 à l'abbé Renaudot: " Si je me fusse trouvé ici, *' monsieur, quand vous m'avez honoré de votre visite, " je vous aurais proposé le pèlerinage d'Auteuil, avec " M. l'abbé Boileau, pour aller entendre, de la bouche " inspirée de M. Despréaux, l'hymne céleste de " \A7n0ur Divin ('). " C'est le seul mot d éloge écrit par Bossuet à l'endroit de Boileau ; et il a sa valeur. Mais l'admiration de l'évêque de Meaux pour le solitaire d'Auteuil était, même en 1695, un sentiment de néophyte; d'autre part, l'Épître xii du vieux poète traitait d'un sujet qui réclamait en effet une " bouche inspirée ", et Bossuet n'applique ces paroles louangeuses qu'à cette pièce semi-théologique,
" Lart des vers ", considéré en lui-même, et indépendamment du génie poétique, était tenu en haute estime, du temps de Boileau; faire des vers c'était parler le " langage des dieux". On regardait l'habileté à tourner un alexandrin comme un secret, ou comme une science sérieuse; témoin ce jugement de Chapelain, dont nous lui abandonnons du reste toute la responsabilité: " Monsieur Chapelain disait que monsieur Corneille, " qui a fait de si beaux vers, ne savait pas Xart de ** versification, et que c'était la nature qui agissait pure- " ment en lui (3). " Par bonheur, la nature agissait bien.