‹ L'Art poétique de Boileau, commentéChapitre 86 sur 255 · Misanth.^ Acte I,sc · texte numérisé non relu

Misanth.^ Acte I,sc

Ronsard avait, quatre-vingts ans plus tôt, marqué la différence grande entre le génie poétique et Xamour de rimer. " Tous ceux qui écrivent en carmes " (en vers), tant doctes puissent-ils être, ne sont pas " poètes. Il y a autant de différence entre un poète et " un versificateur, qu'entre un bidet et un généreux " coursier de Naples ; et pour mieux les accomparer, *' entre un vénérable prophète et un charlatan vendeur " de triables (').

Le xvii^ siècle répéta, prêcha, commenta, cette maxime toujours vraie et toujours peu comprise. Malherbe la mit, dit-on, en pratique, à l'égard d'autrui, d'une manière terrible. Un homme fort Qrrave.mag^istrat et gentilhomme, lui montra des vers de sa façon, et pria Malherbe de lui en dire son sentiment. Malherbe " les lut avec mépris", et la lecture achevée: Monsieur, cria-t-il au pauvre gentilhomme, avez-vous par hasard " été condamné à être pendu, ou à faire ces vers-là (^) ? " LamarquisedeSévigné connaissait l'^r/' Poétique, dç.puis un an et plus, lorsqu'elle écrivait à sa fille: " Bour- *' delot m'a envoyé des vers qu'il a faits à la louange *' de M. le Prince et de M. le Duc ; il vous les envoie " aussi. Il m'écrit qu'il n'est point du tout poète ; je " suis bien tentée de lui répondre : Et pourquoi donc " faites-vous des vers ? Qui vous y oblige (3) ?■'" On était cruel en ce temps-là pour les gens qui " se tuent " à rimer ".

" Ni prendre pour génie.... " hes mois gé7iie et esprit reviennent trop souvent dans les vingt premiers vers de Boileau .

Page 1