Lettre du 4 déc. /d/j. — Cf. Lettre du i" mars 16 j
Dans son génie étroit...
Prendre pour ghiie. . .
Méconnaît son génie...
La carrière du bel ^j*/;-//...
Consultez votre esprit. . .
La nature fertile en esprits...
Mais souvent un esprit...
Faut-il glisser sur ce passage, avec l'indulgence que Pascal réclame pour les répétitions de mots, qu'on ne saurait changer, sans " gâter le discours " .-^J'en doute.
Ces mots génie, esprit, dont Boileau garnit ses premières lignes, ne sont point synonymes. Au moment où Boileau rimait ses préceptes, le P. Rapin énumérait en prose les qualités d'une âme appelée à la vocation poétique : " Il faut un ^//^/é' extraordinaire, un ^j-- "" prit juste, fertile, pénétrant, solide, universel, une *' 2W^//zV^;2r«? droite et pure, une imagination nette et " agréable ('). "
Boileau ne s'occupe point de l'imagination. Serait-ce que Boileau ait voulu façonner à son aune toute la gent qui hante le Parnasse ?
Le même P. Rapin avait écrit, deux ans auparavant, au comte de Bussy : " Je prétends qu'il y a peu de " poètes, quoiqu'il y ait bien des gens qui se mêlent " de faire des vers ; que la plupart de ceux qui font un " sonnet, un madrigal, une ode, n'ont qu'un peu d'ima- " gination, mais peu de génie (^). "
Ils prennent " pour génie " 1' " amour de rimer ". C'est bien la pensée de Boileau, avec mention de la faculté qui doit illuminer, colorer, vivifier toute œuvre poétique. Car ce " génie " spécial et nécessaire aux poètes n'est point la froide raison ; même en
1. Réflexions sur la Poétique cPAristote, etc. 2° Éd. 1675, p. 2.
2. Lettres de Bussy -Rabutin., HT P., p. 592. Lettre du 13 août 1672.
tant les pieds d'un hexamètre, le poète n'est point un calculateur. Il sent, il voit, il chante. Parfois même ce " je ne sais quoi " que l'on nomme enthousiasme a pour le vulgaire quelques apparences de folie. \'^oilà d'où vient que Saint-Evremond écrivait au maréchal de Créquy : " La poésie demande un génie particu- " lier, qui ne s'accommode pas trop avec le bon sens. " Tantôt, c'est le langage des dieux, tantôt c'est le lan-- '" gage des fous, rarement celui d'un honnête homme... " Il faut être sot,disent les Espagnols, pour ne pas faire " deux vers ; il faut être fou pour en faire quatre ('). " Enviable folie.
" Craignez d'un vain plaisir les trompeuses amorces, "Et consultez longtenaps votre esprit et vos forces.
C'est la leçon d'Horace :
. . . Versate diu quid ferre récusent, Quid valeant hunieri (^).
Boileau avait déjà écrit un vers semblable au premier de ce distique :
" Quittez ces vains plaisirs dont l'appât vous abuse (3). "
Appâts, au lieu d amorces. Le mot amorces ne seraitil point venu ici, pour remplacer la consonnance trop facile et trop insuffisante de ces vers de Vauquelin :
" O vous qui composez, que prudents, on s'efforce
" De prendre un argument qui soit de votre force (*) ? "
La Fontaine, avant Boileau, avait enchâssé le même avis, dans des vers que tout le monde sait et dit ;
" Ne forçons point notre talent ; " Nous ne ferions rien avec grâce. "
1, Œuv. Mêlées. Éd. de 1699, t. III, p. 12.