Ménag. Ed.de 1693, P
proposer un échange dont Cizeron-Rival fait cette mention : Boileau, récitant un jour trois vers de Racan sur le héros chrétien " disait qu'il donnerait les trois " meilleurs des siens, à choisir, pour ceux-là (') ." — Quel désintéressement, et surtout quelle estime! Je ne vois pas que Boileau ait jamais songé à troquer avec les vers d'un autre grand homme les meilleurs '' efifarits " de sa plume ".
" Ainsi tel autrefois qu'on vit avec Faret
" Charbonner de ses vers les murs d'un cabaret,
"Thus intimes ^di%\.Dubarta.s (-)vainly writ.
(Dryden.)
" Charbonner " est encore un mot de Vauquelin : " Mais l'un en simples traits tout seulement charbonne (3). "
Le même Vauquelin avait aussi trouvé des poètes charbonnant les murs d'un cabaret. Il le dit :
" On voit leurs vers écrits partout aux cabarets (•♦). "
C'est une très vieille habitude chez les infimes disciples d'Apollon. Martial avait constaté le cas chez les poètes ivrognes de son temps :
" Nigri fornicis ebrium poetam, " Qui carbone rudi putrique creta " Scribit carmina {=). "
Avant d'en venir à Saint-Amant et à son " compère Faret ", disons de suite que, s'ils ont jamais charbonne de leurs rimes la Pomme-dc-Pin, ou la Fosse -a7ix- Lions, ils eurent un compagnon très illustre dans ce très vulgaire travail. S'imaginera-t-on jamais que Pierre Corneille ait eu de ces fantaisies, que la main du grand Corneille ait crayonné des vers cornéliens sur la muraille
I. Récréations littéraires, CXXIV, p. 87. — 2. L. I. — 3. Dubartas, translated by Sylvester. — 4. L. III. — 5. L. XII, Ep. 62.
d'une taverne ? Et pourtant on sait, de lui-même, que cette fantaisie lui est venue. Il était jeune alors, et il écrivait à un ami :
" Nous rimerons au cabaret " En faveur du blanc et clairet, " Où, quand nous aurons fait ripaille, " Notre main contre la muraille, " Avec un morceau de charbon, " Paranymphera (') le jambon (-). "
O Corneille!... De la même main qui crayonna
" La mort du grand Pompée et l'âme de Cinna ! "
Dans un recueil de Poésies choisies (ainsi dit par antiphrase), publié en 1666, je trouve cette grave réflexion d'un poète-buveur :
" ^t charbonnons point la muraille ; " Ce n'est que le papier des fous, " Ou le registre des filous, " Des gourmands et de la canaille ! "
Celui qu'on vit, selon Boileau, enrichir de ses rimes bachiques les murs où s'allumait sa verve,ce fut Saint- Amant. Il sera question de lui tout à l'heure. C'est à lui que l'honnête académicien Faret, auteur de \ Honnête homme, ào\t cette immortelle réputation d'ivrogne. Faret, en publiant les œuvres poétiques de son ami, s'est plaint du fort mauvais service que Saint-Amant lui a rendu. Il commence son apologie en ces termes: *• Combien qu'il ( Saint-Amant) m'ait fait passer pour " vieux et grand buveur, dans ses vers, avec la même " injustice qu'on a écrit dans tous les cabarets le nom " de Chaudih'c, qu'on dit qui ne but jamais que de " l'eau, etc.. (3) "