La déf, etc., p
JL'ART POÉTIQUE.
*" Seconder votre ardeur, ëchaufTer vos esprits, Et vQus montrer deloin la couronne et le prix.
Dans une jolie gravure, mise par Saint-Surin en tête de VAr^ Poétique, on voit des couronnes pendre aux branches de Tolivier, sous lequel Apollon ceint le front de Boileau. Mais elles sont suspendues de haut, et elles sont rares. Image des éloges que Despréaux distribue, ou montre ** de loin **.
En général, les couronnes que Despréaux décerne
aux auteurs de son siècle sont du genre de celle qu'il
octroyait, ** ex œquo *\ en 1685, à Pradon, auteur du
Triomphe de Pradon, et à Bonnecorse, auteur du
Lutrigot :
** Venez, Pradon et Bonnecorse, " Grands écrivains de même force, * De vos vers recevoir le prix. "
Ce prix est une place dans ses Épigrammes, à côté de Linière et de Perrin.
Les rédacteurs àl Arts poétiques ont soirv d'être modestes à la fin de leurs codes ; ils ont soin aussi de promettre leurs lumières et leurs services aux jeunes aventureux qui courent ** la carrière épineuse*'. Horace s'intitule à la fin de sa lettre, une pierre à aiguiser ;
" ... A couper inutile, " Elle rend bien coupant tout l'acier qu'elle affile ; "
comme dît Vauquelin. Et Vauquelin, après avoir traduit son devancier, ajoute, de son chef :
" Et je serai celui qui porte une lumière,
" La nuit, pour éclairer à ceux qui vont derrière ;
" Son flambeau seulement flambera pour autrui;
" Fort peu, quoi que ce soit, il flambera pour lui (*). "
Les auteurs de lois poétiques sont d'une humilité qui fait plaisir, dans leurs hexamètres. Mais gare à l'audacieux qui enfreindra leurs règles !
" Mats aussi pardonnez, si, plein de ce beau zèle, " De tous vos pas fameux observateur fidèle, " Quelquefois du bon or je sépare le faux, " Et des ciuteurs grossiers j'attaque les défauts.
Dernière imitation d'Horace :
" Fungar vice cotis.., (*) "
Boileau dit bien rarement : Courage ! mais il ne cesse de crier : prends garde ! On se souvient de certains vers, faits pour être gravés au bas d'un portrait de Boileau. — Approchez, dit le poète, approchez un sot livre de cette peinture, et vous reconnaîtrez vite celui dont voici l'image. Si tel était Boileau en peinture, il le fut bien mieux encore dans la réalité. Ce fut son mérite original, personnel, d'avoir su flairer les sots livres et de les avoir dénoncés à son siècle.
Par instinct, par nature, par raison, Boileau est 1 ennemi des faquins qui maraudent sur les terres du génie. Il défend le bon sens comme son domaine, et comme le domaine de tous les écrivains de France. De là, il lance aux passants fourvoyés, ou mal avisés, le mot qui aiguise une de ses Épigrammes :
" Garde-toi d'écrire " !
Callières tira bon parti de tout ce morceau de Despréaux, pour ses allégories. Les idées principales en émaillent un dialogue de son livre viii. Horace et Despréaux s'y entretiennent comme deux vieilles connaissances. Vers la fin, Despréaux entonne les louanges de son Roi. Puis il s'irrite contre '* un tas de sots !
** écrivains et de maudits poètes, qui, comme autant '* de corbeaux, viennent croasser de méchants vers et '* de fades louanges sur les actions inimitables de ce ** Héros ; et croient après cela pouvoir impunément " défier les rossignols sur la beauté du chant. Je vous ** avoue, ajouta-t-il, que je suis quelquefois si chagrin *• d'entendre leurs pensées usées et rebattues, leurs ** verbiages pleins de grands mots et vides de sens '* et leurs pompeux Galimatias, que j'ai besoin de toute ** ma modération pour ne pas éclater contre eux, et *' pour ne les pas foudroyer de notre foudre satiri-
" que ('). "
Celui-là n'avait tort qu a demi, qui appelait Despréaux : ** Le dogue du Parnasse.
" Censeur un peu fâcheux, mais souvent nécessaire ;
Fâcheux, quelquefois peut-être ; nécessaire certainement, pour Tépoque où il exerça la censure. Boileau s*est admirablement défini dans ces douze syllabes, signature du maître au bas de son œuvre.
On eut beau regimber, crier ou mordre ; Despréaux, fort de son goût et du suffrage des meilleurs esprits, fit respecter les droits du bon sens et de la langue française. Malgré toutes les déclamations qui ont,depuis deux cents ans, retenti contre la férule de ce régent, contre la législation de ce ** granci Prévôt du Parnasse (') ", on doit convenir que Boileau fut un homme nécessaire; nécessaire aux gens de lettres raisonnables et dociles, nécessaire contre les mutins,contre les nullités ambitieuses; nécessaire d'abord aux génies trop faciles, comme Racine son très glorieux élève. — ** Sans Boileau, et sans Louis XIV, qui reconnaissait
I. HisL Poét. etc., L. VIII, p. 183. — 2. P. du Cerceau. Poésies.
" en Boileau comme son contrôleur-général du Par- " nasse, que serait-il arrivé?... Racine, je le crains, " aurait fait plus souvent des Bérénice, La Fontaine ** moins de fables et plus de contes ; Molière lui-même " aurait donné davantage dans les Scapins, et n'aurait " peut-être pas atteint aux hauteurs sévères du ** Misanthrope. En un mot, chacun de ces beaux génies '* aurait abondé dans ses défauts ('). " Tel est le sentiment d*un juge compétent, et Tun des plus beaux éloges que notre siècle ait renvoyés à Despréaux, malgré tant d'apostrophes railleuses, lancées contre cette ** perruque indéfrisable " {^\
Jusqu'en 1660, Corneille était à peu près le seul poète du XVII'' siècle. Ses ailes vigoureuses l'avaient emporté par delà les régions où rampaient, grouillaient et se traînaient les rimeurs burlesques, précieux ou épiques. La réforme de Malherbe n'avait été qu'un règlement pour le choix des mots et du rythme ; il fallait une législation plus large dans son objet et dans ses vues. Enfin Boileau vint. Contemporain d'une élite de génies et leur ami, il entreprit la réforme avec Molière, et la législation nouvelle, à lui seul. Au moment où il apparaît, Scarron vient de mourir ; Chapelain règne encore et gouverne. Autour du vieil arbitre du bon goût et des pensions, s'étalaient au soleil toutes les puérilités fades, présomptueuses ou niaises. Les premiers vers du Satirique donnèrent un autre ton à la poésie et aux idées. Relisez quelques pages versifiées en ce temps-là par les satellites de Chapelain ou de Costar ; puis jetez un simple coup d'ceil sur la Satire Ix^ sur l'Épître vu* ; il vous semblera, qu'au sortir d'une salle décorée par un artiste