I. Pourquoi Raltelaisf — 2, Le Triomphe de Pradon. Préface
Notre littérature du xix^ siècle , indépendante , hasardeuse et — malgré sa richesse — trop souvent dévergondée, aurait besoin d'un Despréaux. Mais Técouterait-elle ? En 1852, Sainte-Beuve réclamait, pour sauver et régir la république des rimeurs. deux hommes, un Louis XIV et un Despréaux : " Savez- ** vous ce qui, de nos jours, a manqué à nos poètes.'^... ** Il a manqué un Boileau et un monarque éclairé, " Tun des deux appuyant et consacrant Tautre ('). *'
Ce poète de la raison, auteur souvent irréprochable, toujours sage, s*élèvera-t-il jamais au sein d'une société où l'imagination domine, où tous les caprices triomphentPC'est chose bien douteuse. Toutefois un écrivain, dont le caractère eut quelque ressemblance avec l'inflexible allure de Despréaux, et qui, pendant quarante ans, se servit, lui aussi, de la plume comme d'une verge, espérait ce prodige et attendait ce censeur de plus en plus désirable. Il traduisait en ces termes son souhait et son espoir :
'* Il nous faut un Boileau! un homme qui sache ** faire marcher d'accord la raison et la rime ; qui mette " dans ses vers des idées non seulement intelligibles " et justes, mais honnêtes; qui ait de l'esprit et du ** cœur; qui n'appelle pas chat un chat et Rolet un " brave homme; qui ne se soucie pas de tondre le pré *• Monthyon, mais qui fasse rondement la guerre. A ** grands coups de fouet, il déblaiera le terrain ; il ** réveillera l'esprit français; ses alexandrins s'enroule- '* ront comme une courroie au cou de la sottise et *' l'étranglera.
** J'espère ce poète; je crois qu'il viendra (^). "
Ainsi s'exprimait Louis Veuillot, en 1858. Donc, presque à la même date, ces deux illustres prosateurs
I. C. du A., t. VI, I oc, cit. — 2. Mélanines,, f[' Série. ^ t. IV, p. 593.