Lettres, etc., iv* P., p
" de tout Paris, on l'envoya à la Cour, qui était alors au " voyage des Pyrénées, où elle fut très bien reçue. Cela ** lui enfla le cœur: — Je n'ai plus que faire, dit-il, ** d'étudier Plaute et Térence, ni d'éplucher les frag- '* mentsde Ménandre;je n'ai qu'à étudier le monde (')."
" Si, moins ami du peuple, en ses doctes peintures,
Boileau '* eût voulu retrancher des pièces de Mo- ** Hère tout le jargon propre à divertir le menu peuple, ** et surtout le langage paysan. — Vous ne voyez pas, ** disait-il, que, dans ses pièces, ni Plaute ni ses con- ** frères estropient la langue, en faisant parler des ** villageois ; ils leur font tenir des discours proportion- ** nés à leur état, sans qu'il en coûte rien à la pureté ** du langage. Otez cela à Molière, continuait-il: je ne ** lui connais point de supérieur pour l'esprit et pour le ** naturel. Ce grand homme l'emporte de beaucoup sur '' Corneille, sur M. Racine et sur moi. Car, ajoutait-il '* en riant, il faut que je me mette aussi de la partie (*). "
N'oublions pas que les autres grands critiques du temps ont parlé comme Boileau du '* jargon " de Molière : ** Il n'a manqué à Molière que d'éviter le ''jargon et le barbarisme, et d'écrire purement. " (La Bruyère) {f).
Tout le monde sait le jugement de Fénelon sur le style de Molière. Mais tout le monde ne sait peut-être pas que Fénelon ne fut pas le seul bel esprit du grand siècle à préférer la prose de Molière. Ménage avait dit, vingt ans avant la Lettre à V Académie : ** La ** prose de Molière vaut beaucoup mieux que ses ** vers (^). "
I. Œnv. etc., t. III, p. 158-9. — 2. Bolœana, CXXIII. — 3. Caract., ch. I. —4. Mén., <5d. do 1693, p. 50.
CHANT m. 25
*• Il n'eût point fait souvent grimacer ses figures,
Pradon réclame, non pas en faveur de Molière, mais au nom du beau langage ! '' Que veut dire fairegri- *' macer ses figures? Grimace et figure ont le même ** sens. Qui grimace, fait une méchante figure. Mais ** onVa jamais à\x. faire grimacer ses figures ('). "
Cette remarque de Pradon donne vraiment la mesure de ses critiques. Pradon déclare qu'il n'y a point de différence ^viXxç, grimace zx. figure. Boileau parle en deux endroits, au moins, du '' savoir de Pradon "; en voilà un joli échantillon ; Pradon prenait la métaphore pour un terme de chimie, et confondait y^^r^
avec grimace,
•* Quitté pour le bouffon l'agréable et le fln, " Et sans honte à Tërence allié Tabarin.
" Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe, " Je ne reconnais plus l'auteur du Misanthrope.
" When in the Fox I see the Tortoise hisi " I lose the author of the Alchtmist. "
(Dryden.)
** Je ne puis m'empêcher de croire, avec M. Des- ** préaux, que Molière, qui peint avec tant de force et ** de beauté les mœurs de son pays, tombe trop bas ** quand il imite le badinage de la Comédie italienne.
" Dans ce sac ridicule où Scapin s'enveloppe
" Je ne reconnais plus Tauteur du Misanthrope (*). "
Arnauld jugeait les inégalités de la Comédie de Molière, comme le font Despréaux et Fénelon. Il reprochait même à Despréaux d'avoir trop loué Molière par son Épître vu : '' Molière, disait Arnauld, ** avec tout son esprit, avait bien des hauts et des bas
I. Remarques^ p. 96. — 2. Fénelon, Lettrfi à PAcad., ch. VII.
'' et ses Comédies étaient une école de n^auvaises *' mœurs ('). " Baillet le janséniste, soit dit par parenthèse, va bien plus loin que le janséniste Arnauld : " M. Molière, écrit-il, est un des plus dangereux enne- ** mis que le siècle, ou le monde ait suscités à l'Église ** de Jésus-Christ... '* Nous reviendrons sur ces jugements au chant iv^. ^
Brossette se croit obligé d'expliquer le sens des mots ** Scapin s' ènveloppe'\ — ** Ce n'est pas Scapin '* qui s'enveloppe dans un sac; c'est le vieux Géronte ** à qui Scapin persuade de s'y envelopper. Mais cela *' est dit figurément dans ce vers, parce que Scapin est *' le héros de la pièce.
Berriat Saint-Prix commente plus utilement l'allusion que fait ici Boileau et l'accusation portée contre Molière d'avoir allié Tabarin à Térence : " Dans la '' seconde Farce de Tabarin {^Recueil général, etc., *' Paris, 1623, p. 161 et suiv.), un vieillard est en effet '* renfermé dans un sac comme Géronte, et battu par *' Tabarin.
A ces remarques de détail il faut joindre une note historique sur le mot ** s enveloppe ". C'est le texte de Boileau tel que le donnèrent 40 éditions, de 1680 à 1713 (^). Brossette aurait voulu lire '' T enveloppe''. Mais ce n'est ni l'expression ni le sens du maître.
Boileau avait eu raison de regretter dans certaines Comédies de Molière, la trivialité banale de la farce et de la bouffonnerie. Molière est-il descendu à cette Comédie de foire par défaut de goût, ou simplement pour ** nourrir sa troupe ", en faisant rire le gros public?L,^. seconde hypothèse est la plus vraisemblable. Mais les ennemis de Boileau furent aises de trouver dans VArt Poétique ce procès que Boileau intentait à