Épître à M. Huet, Évêque d'Avranches
2. " Quid memorem, ut in Terentio suaviter atque utiliter luserit. " Quanta hic rerum humanarum exempla praebuerint... Hic morum, hic '• aetatum, hic cupiditatum naturam a summo artifice expressam ; ad ** hicc personarum formam ac lineamenta, verosque sermones, denique '• venustum illud ac decens, quo artis opéra commendetur. Neque inte- •' rim jucundissimo poetae, si quae licentius scripserit, parcimus".
Le latin de Bossuet est grandement supérieur à la traduction. {Œuv, de Bossuet, Éd. de 1826, t. XV.)
Bossuet semble avoir épuisé le vocabulaire de la louange en faveur de Térence. Fénelon pourtant continue sur le même ton. Il parle de son ** goût pur et ** exquis ", de sa ** naïveté inimitable qui plaît et qui *' attendrit... Térence dit en quatre mots, avec la " plus grande simplicité ce 'que Molière ne dit qu'avec " une multitude de métaphores qui approchent du " galimatias ('). " Fénelon ne nomme Plaute, que pour la forme ; c'est un bien petit garçon auprès du confident des Scipion et des Lélius.
Plaute n'est pas si correct, si poli, si " régulier ". — Racine disait à ses amis: " J aimerais beaucoup mieux " imiter la régularité de Ménandre et de Térence, que '' la liberté de Plaute et d'Aristophane ('). "
Ailleurs, il réunit ainsi les qualités que les admirateurs deTérencedécouvrentchez leurpoète favori: **Les *' partisans de Térence... relèvent avec raison au-dessus *' de tous les poètes comiques, pour l'élégance de sa *' diction et pour la vraisemblance de ses mœurs (3). "
Donc Térence était alors sans conteste, le premier des comiques anciens. Nos mœurs bourgeoises et démocratiques Font fait déchoir de ce haut rang, ou du moins Font réduit au niveau de Plaute, le poète du peuple. A la fin du xvii*" siècle, la seule " populace du " Parnasse " avait quelque goût pour ce dernier ; en voici la preuve d'après M. de Callières : ** Il y eut *' d'abord du partage entre les poètes comiques. Les ** uns donnèrent leur voix à Térence et les autres à *' Plaute. Mais enfin, le plus grand nombre fut pour *' Térence ; et Scipion et Lélius témoignèrent de l'in- " dignation de ce qu'on avait balancé dans ce choix, et ** de ce qu on avait comparé la délicatesse du style et
I. Lettre à PAcad, ch. VIL — 2. Préface des Plaideurs, — 3. Préface de Bérénice^ V. Ib., p. 367.
'* des pensées de Térence, à laquelle ils avaient si " bonne part, aux jeux de mots et aux plaisanteries " grossières de Plaute, qui n'étaient propres que pour '* faire rire le peuple sans goût; au lieu que Térence " était destiné pour réjouir tous les esprits fins et déli- * cats. Cependant Plaute né laissa pas de conserver ses ** partisans, qui disaient hautement qu'il était plus vif '* et plus comique que Térence. Mais il n'eut pour lui ** que la populace du Parnasse, et tous les esprits éle- *' vés furent pour Térence ('). "
l'aime sur le théâtre un agréable auteur Qui, sans se difTamer aux yeux du spectateur, Plaît parla raison seule, et jamais ne la choque.
La raison seule, Boileau se répète, ou, si l'on veut, s'affirme une fois de plus. *' Aim^z donc la raison, et ** que tous vos écrits empruntent et elle seule.,, etc.. " La raison dans la poésie, la raison dans la rime, la raison même dans la plaisanterie. Ses autres préceptes et conseils peuvent venir de sa mémoire ; celui-là vient ensemble de son génie et de cette atmosphère de sagesse et de mesure que Boileau respirait.
On peut critiquer le mot ''seule'' qu'il accole, par deux fois, à ** raison ". C'est une exagération ici, commç au premier chant, si on le prend à la lettre. Mais je m'imaginerais volontiers que Boileau exagère, pour mieux rendre sa pensée et pour être mieux entendu.
" Mais pour un faux plaisant, à grossière équivoque,
Ce faux plaisant que Boileau condamne est, suivant Brossette, ** Montfleury, le jeune, auteur de la Femme