iMax. et Réfl. sur la ComthUe
ces ** vieilles équivoques ramassées dans la boue des ** halles ou sur la place Maubert ('), " comme lui-même qualifie les bouffonneries des turlupins.
'* Qui, pour me divertir, n*a que la saleté,
Pradon voit ici une faute de grammaire : ** Il faudrait fia que de la saleté. N'a q7ie la saleté n'est pas français, ce me semble {^). " — Pradon est difficile.
Ki
Qu'il s'en aille, s'il veut, sur deux tréteaux monté. Amusant le Pont-Neuf de ses sornettes fades, *' Aux laquais assemblés, Jouer ses mascarades.
" Let him be gone, and on two tressels raise " Some Smithfield ^idigty where he may act his pranks, " And ïtiàkQ Jack' Puddings speak to mountebanks. "
(Dryden.)
'* A la manière des charlatans qui jouaient leurs farces à découvert et en plein air, au milieu du Pont- Neuf. Autrefois c'était près de la porte de Nesle, ** dans une place où est bâti à présent le collège Ma- ** zarin. M. Despréaux disait des mauvaises pièces de '* théâtre, quelles n'étaient bonnes qu'à jouer en plein ** air. " ( B rosse t te.)
Le Pont-Neuf, au commencement du xv!!"" siècle, était une succursale populaire de la Comédie Française, dont les pauvres chefs-d'œuvre se jouèrent d'abord ** en plein air ", avant de se jouer '* à la chan- ** délie ". Ainsi s'exprime Perrault (3). — Les auteurs et acteurs de cette Comédie publique étaient les charlatans, les marchands de chansons, les joueurs de marionnettes ; plusieurs de ces artistes ont des noms célèbres : Tabarin, l'Orviétan, le Savoyard, Brioché etc. ** L'Orviétan, dont le nom est devenu proverbial
I. Mol. Crit. de P École des femmes, — 2. Nouv. remarques^ etc., p. 96* — 3, Z^" Paraît,, 2* Éd., t. III, p. 191.
'* comme celui de Tabarin, s appelait Hieronymo Fer- " ranti ; il était natif d'Orviète d'où sa drogue avait ** pris le nom à^ Orviét<in, sous lequel il était connu lui- '* même. Il avait également un théâtre en plein air, " sur le Pont-Neuf, vers la même époque et un peu '' plus tard que Tabarin (').
Là aussi Philippot, dit le Savoyard, débitait ses fameux couplets dont Boileau s est souvenu, au vers 78 de la Satire IX. '* Il les chantait, dit Brossette, sur le " Pont-Neuf, aidé de quelques jeunes garçons qu'il '* avait instruits à chanter avec lui ; et il accompagnait '* ses chansons de plusieurs bouffonneries qui attiraient " le peuple. " Cyrano, décrivant un changement de domicile chez les morts, dit qu'aux enfers on logea " Orphée avec les chantres du Pont-Neuf, parce qu'ils '' ont su l'un et l'autre attirer les bêtes ('). "
Non loin de là, près de \ Abreuvoir du Pont-Neuf, était le théâtre de Brioché,dont Brossette esquisse ainsi l'histoire :** Le lieu où l'on faisait jouer les marionnettes '* était... du côté du Pont-Neuf. — Fanchon, ou •' François Brioché était fils de ce Jean Brioché, arra- ** cheur de dents, qui est regardé comme l'inventeur des '* marionnettes, quoiqu'il n'ait fait que les perfectionner. ** De son temps, un Anglais avait trouvé le secret de les *' faire mouvoir par des ressorts et sans cordes ; mais " l'on préférait celles de Brioché à cause des plaisan- ** teries qu'il leur faisait dire. Fanchon Brioché, son ** fils, l'a encore surpassé dans ce noble exercice.
Le Pont-Neuf servait aussi à l'étalage des bouquinistes. Boileau menace quelque part ses vers satiriques d'aller enfin
Parer, demi rongés, les rebords du Pont-Neuf (3).
I. V. Fournel, Contemp. de Mol.y t. II, p. 138. — 2. Lettre XXXVI. — 3. Sat. IX.
Il y eut encore, aux environs du Pont- Neuf, des cabarets, où, dît Huet, se réunissaient ** les ignares et *' non-lettrés,... dont THippocrène était le café. " Le même Huet attribuait à ces entrepôts de *' verbiage et ** de fadaises " une fâcheuse influence sur la littérature contemporaine : *' Quoiqu'il soit vrai que chaque siècle ** a son mérite et qu'on ne disconvienne pas que le " nôtre n'ait le sien, on ne convient pas pour cela qu'il ** soit renfermé dans les cabarets duPont-Neuf ('). "
On comprend comment et pourquoi Boileau renvoyait vers ce quartier les plaisants de bas étage, avec les laquais et les badauds. Tout bel esprit se fût bien gardé d'avoir le goût de ce pays-là. Bussy-Rabutîn jugeait ainsi deux morceaux de poésie, de valeur très diverse : " Le premier est bon pour nous, et l'autre '* pour le Pont-Neuf ('). '
On lit dans le Furetiriana, à propos d'un faquin, '^ méchant diseur de bons mots :
« ***Dit une pointe et sur-le-champ s'admire ; " Comme un chantre au Pont-Neuf entouré de badauds, " Il vend ses quolibets qu41 nomme ses bons mots (3). "
Gacon lui-même expédiait auprès de Brioché les rivaux de Regnard, après le succès du Joueur :
" Que je vous plains, d'Ancourt, Debrie et Dufrény ; " C'en est fait aujourd'hui ; votre règne est fini, " Portant à Brioché vos pointes à la glace, " Allez sur le Pont-Neuf charmer la populace (*). "
Boisrobert, ennemi d'Homère,avait poussé, paraît-il, l'irrévérence jusqu'à comparer Vaveugle divin aux chanteurs du Pont-Neuf. C'était bien le comble du mépris. Un des intimes de l'abbé d'Aubignac, Gabriel
I. Huetiana^ par l'abbé d'Olivet, 1722, p. 2 et 3. — 2. 27 nov. 1678. — 3. P. 156 Satire deM*** — 4. Ép, XII, à Regard.
Guéret (*) prête à Boisrobert ce discours irrespectueux contre Homère :
** Paraissez, Navarrais, Maures et Castillans ; *' paraissez, Saumaises, Scaligers, Vidas, légion de '* commentateurs ; et apprenez aujourd'hui de moi que ** celui que vous appelez le prince des poètes, n*est '* qu'un misérable rapsodiste, à qui vos seules bévues ** ont donné du nom. Ne vous entêtez point si fort " pour cet aveugle. Ses Poèmes ne sont composés que *' de chansons, qu'il chantait devant la Samaritaine et ** devant le Pont-Neuf à^ son temps. C'était un cou- " reur de cabarets qui suivait la fumée des bons écots. ** J'ai plus de deux garanties parmi messieurs les ** Anciens, qui me font dire qu'il n'avait pas d'emploi ** plus honorable que celui de notre fameux Sa- " voyard (^). "
Homère, coureur de cabarets et chantre du Pont- Neuf ! N'est-ce pas le dernier degré de l'humiliation ; il ne lui reste plus après cela qu'à s'engager dans la troupe de Mondor, pour donner la réplique à Tabarin.
Mais Boileau (proh ! pudor /) est, à son tour, renvoyé au Pont-Neuf, tout comme Homère. Carel de Sainte-Garde, le malheureux auteur de Childebrand, ose lui dire, que les rimes soit de XArt Poétique, soit des autres œuvres, sont *' de celles dont les chanteurs '* du Pont-Neuf forment leur harmonie (3). '*
Si Despréaux lut jamais le factum de Carel, il dut bondir d'indignation et de honte.
Ce troisième chant est de tous le plus considérable, par sa longueur et par l'importance des sujets.
I. La guerre des auteurs anciens et modernes, publiée en 167 1. — 2. Cité par H. Rigault, Hist, de la querelle^ etc.,ch. vi. — 3. Im Dé/, des Beaux- Esprits., p. 45.
'* Il est, dit Brossette, le plus beau de tous, soit par '' la grandeur du sujet, soit par la manière dont lau- " teur Ta traité. *' C'est celui où Boileau s'est fait davantage le porte-voix des idées reçues autour de lui. C'est aussî la partie de ce code, où le xix* siècle a trouvé plus de matière à discussion, révision et abrogation.
Les unités strictes de temps et de lieu, le merveilleux païen, l'histoire de nos mystères dramatiques au moyen âge, n'ont plus aujourd'hui d'autre valeur que celle d'un document authentique, résumant les opinions dominantes, acceptées, défendues, puis imposées par Despréaux.
Nous avons au fur et à mesure présenté les objections des adversaires du Satirique. Plusieurs de ces objections sont devenues des thèses. Desmarets en appelait à la postérité des jugements et arrêts de Boileau. La postérité a entendu l'appel de Desmarets, ou mieux, du bon sens et de l'histoire; elle a rendu sentence en faveur du chantre de Clovis ou la France chrétienne, Homère cependant a triomphé des assembleurs de nuages qui se nomment d'Aubignac, Perrault, La Motte.
Le grand, presque l'unique mérite de Boileau dans ce chant iii^ est d'avoir défini les règles générales de la Tragédie et de la Comédie. Il n'y a rien là de changé, rien d'abrogé. L'étude des caractères et de la nature, la marche puissante du drame, le jeu des passions, la vraisemblance des situations, le naturel du style, la fuite, pour la Comédie,des bouffonneries et du gros rire, sont des préceptes de tous les âges; Boileau les a formulés; ses formules resteront.
N'y a-t-il aucune omission à regretter dans cette législation des poèmes héroïques ou même dramatiques?
lo Boileau n'a rien dit, ou presque rien du Drame, ni de la Tragi-comédie. Du Drame, ou Tragédie bourgeoise, il n'avait rien à dire encore. Ce genre devait être cultivé, ou plutôt,soupçonné au siècle suivant, par ces '* Visigoths ", auxquels Boileau mourant laissa *' en proie la scène française. "
De la Tragi-comédie, ou Tragédie au dénouement heureux, dont le Cid était la plus haute expression, Boileau eût pu donner son opinion. Mais disciple, quoique modéré, d'Aristote, reconnaissait-il pour un genre classique, digne de règles spéciales, une sorte de Tragédie qui ne finissait point par la pitié et par la terreur? Du moins Boileau a-t-il formellement exclu du théâtre le mélange du rire et des larmes. Les poètes français étaient alors tenus à la séparation des genres dramatiques. Il fallait, au théâtre, ou bien ** arracher des larmes "aux spectateurs, ou bien divertir les honnêtes gens par '* les doctes peintures " des ridicules ; point de milieu.
2° Boileau n'a rien dit de \ Opéra.Oïi peut apporter bien des raisons de son silence.
i^ L'Opéra était un genre nouveau en France. Qui nault était à ses débuts et son chef-d'œuvre, Armide, ne devait paraître que douze ans après XArt Poétiqtie (').
2*" Pour Despréaux, l'Opéra était à peine un genre littéraire ; c'était de la musique, adaptée à de pauvres
j.UOpéra était connu en France, depuis douze à quinze ans ; mais son grand succès ne commença que pendant la composition de V Art Poétique^ grâce à Lulli : " C'est une chose qui passe tout ce qu'on a jamais ouï " écrivait W^^ de Sévigné, le i"déc. 1673.
vers ; et — chose singulière — selon Boileau, plus les vers étaient misérables, mieux ils se prêtaient à la musique. Il en fait laveu en parlant de Quinault, dans ses Réflexions critiques. Perrault avait eu le malheur de prétendre que Quinault était ** le plus grand poète '* que la France ait jamais eu pour le lyrique et pour "le dramatique/' Boileau répondit: " Il avait, je '* l'avoue, beaucoup d'esprit pour faire des vers bons "à mettre en chant. Mais ces vers n'étaient pas ** d'une grande force, ni d'une grande élévation ; et '* c'était leur faiblesse même qui les rendait d'autant '' plus propres pour le musicien, auquel ils doivent leur *• principale gloire ('). "
Boileau va même jusqu'à déclarer *' qu'on ne peut *' jamais faire un bon Opéra", que telle était aussi l'opinion de son ami Racine (^\
3'' La poésie des Opéras fut toujours aux yeux de Boileau une littérature immorale,
'' Des lieux communs de morale lubrique. "
Il l'a dit et répété, par exemple, dans sa lettre du 15 juillet 1702, à Brossette, où il parle des '* maximes ** odieuses de la morale lubrique des Opéras. " Même condamnation et mêmes expressions contre l'Opéra dans les souvenirs de Boileau recueillis par Monchesnay:'* L'Opéra prêche toujours une moralelubrique(3).''
4"^ Le principal représentant de cette poésie très peu louable, à tout point de vue, lorsque parut XArt Poétique, était Quinault, ridiculisé par Boileau dans ses Satires, et grand ami du médecin Perrault ridiculisé dans \ Art Poétique (^). Quand même Boileau eût eu quelque estime pour les vers '* à mettre en chant ", il
I. Réfi,, III. — 2. Fragment d'un prologue d'Opéra. — 3. Bolœana^ VI. 4. V. Lettre de Boileau au duc de Vivonne, 1676.
eût été médiocrement disposé à recommander un genre poétique cultivé surtout par l'auteur de XAstraie.
5° L'Opéra n eut point tout d'abord la faveur des esprits délicats, distingués, sérieux. La Fontaine, par exemple, s'en moquait et le qualifiait de farce risible. Il demande à M. de Niert son avis sur '* le déchaî- *' nement qu'on a pour TOpéra "; et lui-même fait ainsi la réponse :
** De machines d'abord le surprenant spectacle
" Éblouit le bourgeois, et fit crier miracle :
'* Mais la seconde fois il ne s'y pressa plus,
" Il aima mieux le Cid^ Horace^ Héraclius,
** Aussi de ces objets Tâme n'est point émue,
" Et même rarement ils contentent la vue.
" Quand j'entends le sifflet, je ne trouve jamais
" Le changement si prompt que je me le promets.
" Souvent au plus beau char le contrepoids résiste :
" Un dieu pend à la corde, et crie au machinisme ;
" Un reste de forêt demeure dans la mer,
" Ou la moitié du ciel au milieu de l'enfer ('). '*
Saint-Évremond, en 1677, écrivait au duc de Buckingham une sorte de diatribe contre TOpéra.Il affirme qu à ces représentations '' la lassitude est si grande, ** quon ne songe quà sortir'*; il n'y a encore rien vu qui ne lui ait '* paru méprisable, dans la disposition du ' sujet et dans les vers. '' L'Opéra, c'est V une sottise ' chargée de musique, de danses, de machines, de
* décorations, sottise magnifique mais toujours sot- " tise. " C'est ** un travail bizarre de poésie et de
* musique, où le poète et le musicien, également gênés ' l'un par l'autre, se donnent bien de la peine à faire ' un méchant ouvrage. "
" Ce qui me fâche le plus, dit Saint-Évremond vers " la fin de son réquisitoire, de l'entêtement où l'on est