I. Nouv, ch. de pièces en vers y t. II, p
'* pourTOpéra, c*est qu'il va ruiner la Tragédie.quî est *' la plus belle chose que nous ayons, la plus propre à '* élever Tâme et la plus capable de former Tesprit ('). "
Dix ans après, La Bruyère s'ennuyait à l'Opéra, comme St-Évremond. Même après XArmide, il disait : " Je ne sais pas comment \ Opéra, avec une musique " si parfaite et une dépense toute royale, a pu réussir " à m'ennuyer (^). " Pour La Bruyère, l'Opéra n'est ni *' un poème", ** ni un spectacle " ; c'est simplement un concert,ou ce sont "' des voix soutenues par des instru- '' ments (3). "
On conçoit après toutes ces raisons pourquoi Boileau n'a pas jugé l'Opéra digne d'une mention quelconque en son Art Poétique.
3° Une autre omission de Boileau, à propos du Poème épique, est celledu Poème héroï-comique, Boileau aima mieux en donner l'exemple que les règles. Le Lutrin parut en même temps que \Art Poétique ; ils avaient été composés parallèlement ;ou plutôt \Art Poétique était déjà grandement avancé, quand l'auteur entreprit le Lutrin. Du reste Boileau a fait sentir incidemment quel prix il attachait aux fables héroïcomiqlies, lorsqu'il a loué celles de l'Arioste.
Et puis, Boileau se croit, par ordre de date, le premier auteur français d'un poème héroï-comique : ** Je *' ne pense pas, dit-il, qu'il y ait d'ouvrage de cette '* nature en notre langue ; la Défaite des Bouts-rimés " de Sarrazin étant plutôt une pure allégorie qu'un '* poème comme celui-ci (*). "
Les critiques générales et contemporaines au sujet du mâchant ressemblent à celles des autres chants. Je ne les trouve que chez le seul Pradon. Elles reviennent
I. Œuvres mêlées, t. II, p. 268, etc., et éd. Gidel, p. 248. — 2. Caract. ch. I. — 3. Ib. — 4. Préface du Lutrin.
à ceci : Pourquoi Despréaux ne nous fournit-il pas des modèles de ces genres poétiques, lui qui ose nous en prescrire les règles ? '* Après avoir si bien parlé de la " Tragédie, il serait à souhaiter... que M. D*^* voulût •* nous en donner une de sa façon, où toutes les belles *' leçons qu'il nous dicte fussent mises en usage (')."
Pradon avait déjà exprimé les mêmes souhaits ironiques dans XÉpître à Alcandre :
* Ah ! que s*il eût osé monter sur le théâtre,
* Il eût bientôt rendu tout le monde idolâtre !
* D'une Hécube qui jappe exprimant les douleurs, ' Que sa triste figure eût arraché de pleurs !
* Et qu'il aurait bien su, querellant ciel et terre, ' User en brouhahas les poumons du parterre !
* Si, prenant Tescarpin, Timon facétieux, ' Il eût voulu paraître en son air gracieux,
* Que, nous peignant les mœurs d'une fine manière,
* Il aurait déconfit et Térence et Molière !
* Molière qu'il nommait son maître et son support,
* Qu'il adora vivant et qu'il déchire mort.
* Admirons de quel soin sa muse est occupée
* A faire un riche amas des lois de l'épopée !
* Lorsqu'il en aurait pu charmer tout l'univers,
* Devait-il pour la prose abandonner les vers ? (^)
Pradon plaisante et *' triomphe "/ mais il ne nous apprend absolument rien. ^