‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 73 sur 153 · Lettre à M. de Monchesnai · texte numérisé non relu

Lettre à M. de Monchesnai

3. Grands jours d Auvergne^ Éd. Chéruel, p. 126. — Cette doctrine de la Tragédie et de la Comédie moralement " indifférentes " avait été, vingt-cinq ans avant \^Art Poétique^ déclarée irréprochable par douze docteurs de Sorbonne. La reine Anne d'Autriche aimait la Comédie. Mais sa conscience avait été alarmée d'une décision de sept docteurs qui réprouvaient ces divertissements et les taxaient de "péché mortel ". La reine fit consulter de nouveau la Sorbonne. " Alors, raconte M™* de " Motteville, il fut prouvé par dix ou douze autres Docteurs, que, présup- " posé que dans la Comédie il ne se dise rien qui pût apporter du scan- ** dale, ni fût contraire aux honnêtes mœurs, qu'elle était de soi indiffé- " rente, et qu'on pouvait l'entendre sans scrupule ; et cela fondé sur ce " que l'usage de l'Église avait beaucoup diminué de cette sévérité apos- " tolique que les premiers chrétiens avaient observée dans les premiers " siècles. Par cette voie, la conscience de la reine fut en repos. Mais *' malheur à nous d'avoir dégénéré de la vertu de nos pères; et malheur " à nous d'être devenus ainsi des infirmes dans notre zèle et notre fidé- " lité!» (Voir J. Levallois, Corneille inconnu, IV«P. ch. 2.)

11 flétrit les ** dangereux auteurs " et le ** papier ** coupable ". Il n*est pas sévère, mais il tient à être honnête. Bcileau, à rester dans le pur domaine des principes, paraît inattaquable; mais ses principes sont larges. D aucuns seraient même tentés d*appliquer littéralement au poète le vers de son Épître x* :

" Ami de la vertu plutôt que vertueux ('). "

Desmarets se prononce à peu près dans ce sens :

* On peut, dit-il, juger s*il (Despréaux) est de ces dan-

*' gereux auteurs, qui trahissent la vertu ('). " Mais

Desmarets n'est généralement pas tendre à l'égard de

son adversaire.

On lit dans les Mémoires de Louis Racine, comment Boileau persuada au grand janséniste Arnauld que la Phèdre de Racine était une Tragédie absolument innocente. Il s'applaudissait même de ce curieux succès. Sans doute il avait joué un bon tour au rigide champion de la morale soi-disant austère (^). Mais il fi^ut croire, ou bien qu'il était peu convaincu, ou bien qu'il changea d'opinion. Sa lettre du 3 septembre 1707 en fait foi.

Le sieur de Souyigny nous apprend qu'un grand seigneur de ces temps-là (il ne le nomme pas) conçut un projet vraiment judicieux, utile au théâtre et aux

Page 1