Lettre à PAcad., ch. VI et VII
mourant. Les théories soutenues par Boîleau en cet endroit de Y A ri Poétique révoltent Tacadémicien d'Anjou, qui appelle aussi lé poète un ** déserteur de *• rhonneur ". — ** Que n était-il au moins aussi sage " que les païens, qui n*ont jamais ni dit ni pensé que les ** pièces de théâtre ne puissent réussir sans ramour(')!**
Si l'on en croit le Bolœana, il fut un temps où Boileau lui-même eût voulu bannir de la Tragédie les intrigues d amour. '* M. Despréàux disait que lamour " est un caractère affecté à la Comédie, parce qu'au •* fond il n'y a rien de si ridicule que le caractère d*un ** amant. Et, disait-il encore, les scènes doucereuses ** dérogent à la gravité magnifique de la Tragédie ('). " Monchesnai ne prête-t-il pas à Boileau ses propres sentiments ? Je ne sais. Toujours est-il que cette thèse n'était pas étrange et inouïe au xvii^ siècle. Boileau avait pu la lire dans un livre de son ami, le P. Rapin. Après la publication du Traité de la Comédie et, des spectacles par le prince de Conti, le P. Rapin proposa modestement ce remède, comme contrepoison aux ravages du théâtre: ** Les anciens ne mêlaient la galan- ** terie et Tamour que dans la Comédie. Car l'amour "" est d'un caractère qui dégénère toujours de cet air ** héroïque, dont la Tragédie ne se défait jamais...
'* Je n'ai pas assez de crédit pour m'opposer, de ** mon chef, contre un usage établi... Je suis persuadé ** que l'innocence du théâtre se conserverait bien ** mieux selon l'idée de l'ancienne Tragédie, parce que ** la nouvelle est devenue trop efféminée par la mollesse ** des derniers siècles ; et le prince de Conti, qui a fait •* éclater son zèle contre la Tragédie moderne, par ** le traité qu'il en a fait, aurait peut-être permis l'an- ** cienne qui n'a rien de dangereux (3).
I. Disc, IV, p. 260. — 2. BoL XXXVI. — 3. R,*J!. etc., p. 125^
Que reste-t-il à conclure de cet exposé ?
1° L'unanimité des plus nobles esprits du xviic siècle à proscrire les spectacles corrupteurs (').
2° Une excuse en faveur dès principes de Boileau. Boileau ne songe pas à bannir totalement les intrigues d'amour de la scène ; mais il exige ** un auteur ver- ** tueux "et ** des vers innocents *'. En un mot, il soutient que, de soi, les pièces dramatiques sont ** îndiffé- ** rentes, comme le Sonnet et les Odes ('). " Ainsi pensait Fléchier, du moins pendant sa jeunesse : " Je *' ne suis point de ceux qui sont ennemis jurés de la '* Comédie, et qui s'emportent contre un divertisse- ** ment qui peut être indifférent, lorsqu'il est dans la ** bienséance {^). "
En somme, Boileau est fort tolérant; mais il est, ou veut être, du parti ** de la vertu " :
" Aiffiez donc la vertu; nourrissez-en votre âme, "
i.T-es dames elles-mêmes en jugeaient parfois comme les moralistes et les prédicateurs. M"*« de Lambert disait " qu'on reçoit au théâtre de " grandes leçons de vertu, et qu'on en remporte l'impression du vice **. Avis à sa fille. — Cf. La Motte, Œuv.^i, V, p. 182.