‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 86 sur 153 · La déf, etc., p · texte numérisé non relu

La déf, etc., p

il était licite au poète de dire le Ciel. Horace Ty eût autorisé : Cœlo Musa beat,

Waisemblablement le passage de Despréaux inspira au Poêle sans fard un^ùr^iâi^ toute pareille ; on y retrouve, par lambeaux, les Amphion, les Orphée, et les vers de XArt Poétique :

" Orphée en ses beaux vers leur (') prêchant la douceur,

" Commença le premier, à calmer leur fureur ;

*' Les hommes enchantés de sa douce harmonie,

" Accourant j>our l'entendre, oubliaient leur manie.

" Amphion, après lui, les trouvant moins cruels,

" Leur fit voir comme Dieu méritait des autels ;

" Pour la société donna des lois utiles,

" Et leur enseigna Tart de construire des villes.

** De là vient qu'on a cru qu'au doux son de sa voix

" Amphion attirait les rochers et les bois,

" Comme Orphée avait su par son divin langage,

" Réprimer la fureur des tigres pleins de rage;

" Voilà quel fut alors \t^ fruit des premiers vers,

" Et le bien signalé qu'en reçut l'univers.

" Après avoir par eux fait de si grands miracles,

" Le Ciel voulut en vers prononcer ses oracles {^), "

Le dernier alexandrin est presque mot pour mot celui de ** notre auteur ". Mais le Poète sans fard n'a pas plus rafraîchi ces vieilleries, que ses collaborateurs et modèles, y compris Despréaux.

'* Du sein d'un prêtre ëmu d'une divine horreur,

Ici Desmarets fait une critique plus heureuse : " Il y ** a du, dun et d'une. Oh ! quel poète {f) ! "

'* Apollon par des vers exhala sa fureur.

" Bientôt ressuscitant les héros des vieux âges,

^* Homère aux grands exploits anima les courages.

I. Aux mortels. — ^. Gacon, Ép, XV, p. 132. — 3. La déf, etc., p. 105.

ÔHANT IV. 181

" Les courages ", dans la langue du xvii^ siècle, signifient les cœurs. Bossuet parle des ** courages

" émus"(').

** Hésiode, à son tour, par d'utiles leçons,

" Des champs trop paresseux vint hâter les moissons.

Boileau abandonne Horace ; Horace n'a point fait mention d'Hésiode, mais de Tyrtée. Que veulent dire les mots à son tour ? Boileau admet-il par là, contre Tautorité d'Hérodote, que Tauteur des Travaux et des jours fut postérieur au chantre d'Achille ? Ses deux vers feraient aussi supposer qu Hésiode a écrit un poème didactique comme les Géorgiques. Cest attribuer aux ^'Epya xal 'Hjjiépa'. une prétention que n a point cet almanach rythmé du poète béotien.

" En mille écrits fameux la sagesse tracée

'* Fut, à l'aide des vers, aux mortels annoncée ;

" Kt partout des esprits ses préceptes vainqueurs,

'* Introduits par l'oreille, entrèrent dans les cœurs.

'* Pourtant d*heureux bienfaits les Muses révérées

" Furent d*un juste encens dans la Grèce honorées:

" Et leur art, attirant le culte des mortels,

'* A sa gloire en cent lieux vit dresser des autels.

Sous cette amplification pénible et inutile il suffirait de transcrire les deux vers du chant m :

** Tous ces pompeux amas d'expressions frivoles ** Sont d'un déclamateur amoureux de paroles (-). "

Cette peinture d'un âge d'or de la poésie est la doublure d'un autre tableau ** des temps bienheureux du ** monde en son enfance ", encadré par Boileau dans la Satire v^. Même procédé, même luxe d'histoire en l'air. Pareille remarque s'applique au conte de

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