‹ L'art poétique de Boileau (volume 2)Chapitre 93 sur 153 · Lettre du 20 mai 1607. — 3- V. Goujet^ t. XVII, p · texte numérisé non relu

Lettre du 20 mai 1607. — 3- V. Goujet^ t. XVII, p

4. Un des princes de notre littérature contemporaine écrivait, il y a vingt-cinq ans : " Le costume naturel de ma noble profession est un ** habit râpé ; et la seule décoration qui soit bien convenable sur cet " habit-là : des trous au coude. Telles sont les vraies traditions de la lit- ** térature. " {Lettres de L. Veuillot à Af"»' de Pitray, 17 avril 1860.)

chartreux samuse à établir une galerie d'écrivains ** qui meurent de faim *'. Il y met d'abord les étrangers; entre autres, le Tasse, réduit à emprunter un écu, et à prier plaisamment sa chatte " de lui prêter ** durant la nuit la lumière de ses yeux, non avendo ** candela per iscrivere i suoiversi, " Vigneul-Marville arrive ensuite ** aux savants auteurs " de France, qui ont souffert de cette incurable maladie. J'extrais un morceau de ses tristes documents :

** M. de Vaugelas, Tun des plus polis et des plus j ** honnêtes hommes de son temps (mort en 1650), se ** tenait caché comme un hibou dans un petit coin de *' l'Hôtel de Soissons, pour éviter la juste persécution ** de ses créanciers. Il mourut pauvre; son bien con- ** sistait principalement dans ses beaux écrits, ne suffi- ** sant pas pour payer ses dettes.

** M. Baudouin de T Académie française (mort en i ** 1650), homme de mérite, pressé par la faim, nous ** a donné divers ouvrages, qui seraient plus accomplis î ** s'il avait eu de quoi dîner.

i ** La pauvreté chassa M. de TÉtoile de la ville à la i '* campagne, où ses rares talents s*étouffèrent à petit I •* bruit.

! ** M. Du Ryer(morten 1658) traduisait les auteurs : ** à la hâte, pour tirer promptement du libraire Som- 1 ** maville une médiocre récompense, qui l'aidait àsùbf " sister avec sa pauvre famille, dans un petit village j *' auprès de Paris. Un beau jour d'été, nous allâmes j ** plusieurs ensemble lui rendre visite. Il nous reçut ; ** avec joie, nous parla de ses desseins et nous montra i *' ses ouvrages. Mais ce qui nous toucha, c'est que, ; '* ne craignant pas de nous laisser voir sa pauvreté, il j ** voulut nous donner la collation. Nous nous ran- ! ** geâmes dessous un arbre; on étendît une nappe sur

" rherbe; sa femme apporta du lait, et lui des cerises, ** de Teau fraîche et du pain bis. Quoique ce régal ** nous semblât très bon, nous ne pûmes 'dire adieu à " cet excellent homme, sans pleurer de le voir si mal- '* traité de la fortune, surtout dans sa vieillesse et " accablé d'infirmités. M. Bayle dit dans son Diciion- ** naire, à l'article de M. du Ryer, que son libraire lui " achetait ses ouvrages à la feuille, les vers alexan- ** drtns à loo sols le cent, et les petits à 50; et qu'une ** de ses filles traversait à pied le faubourg Saint- " Antoine et une partie de la ville, une fois par " semaine, pour aller porter à ce libraire l'ouvrage de " son père, et acheter ses provisions de l'argent qui " en provenait.

** On connaît ce livre De infortunio Litteratorum(^\ ** où il y a bien plusieurs autres exemples de la misère ** des gens de lettres. Faut-il que le mérite so!t si dé- ** pourvu de la fortune } et la fortune n'est-elle pas bien ** injuste de n'accorder ses grâces qu'à des ignorants ? ** Pauvre science, science malheureuse ! que tes par- ** tisans ont aujourd'hui peu de crédit ! Je ne sais com- " ment entendre ce qu'on dit de notre siècle ; par ** honneur il est appelé le Règne des Sciences et des ** -^r/j / cependant quel cas fait-on des savants(').^.. '* Laissons le bon conteur à ses doléances et prétons l'oreille à d'autres plaintes. Boileau va nous apprendre tout à l'heure comment ** les regards d'un astre favo- ** rable " réparèrent un peu les oublis de la fortune. Mais que d'oublis et d'oubliés !

Dans la premièremoitié du siècle, Maynard,rillustre rimeur de Sonnets, écrivait à Malherbe : i

I. "Tout le monde connaît le livre qui a pour titre De Pinfilicité des ** (^ens de lettres; mais il n'en a point encore paru qui traitât de leur bon- " heur. " {liuetiana, vers le milieu.) — 2. Vign. Mar.^ 1. 1, p. 236 et suiv.

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