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fêtes de village, et dit que " le village ne devient pas ** pour cela la cour. — Silvîe n*est pas changée en " Sémiramis, et les guirlandes de la mariée ne doivent " pas être de diamants, de rubis et d'émeraudes: il faut '* qu*elles soient de jasmin, de roses et de marjolaine(')/*
Cette Silvie est proche parente de la bergère que Boileau couronne, non ** de diamants ni de rubis", mais de fleurs cueillies dans le champ voisin. Notez que Balzac nomme les fleurs : en quoi il est plus poète que Despréaux. Spontanée ou transcrite, l'image par où celui-ci débute est un lieu commun. Mais sa phrase est devenue un champ de bataille. Nous n'allons point entrer en lice, ni mettre flamberge au vent pour si peu de chose. Il nous suffit d'ajouter notre nom à la liste des commentateurs qui ont défendu ces premiers vers de Boileau contre les chicanes des grammairiens à outrance.
Desmarets et Pradon se ruèrent sur la construction de cette période, qui demandait : ** Telle quune ber- ''gère, quV\ En février 1723, le Journal des Savants découvrait dans les vers de Boileau ** une faute con- ** sidérable de langage ('). " Mais la poésie admet des ellipses que la grammaire doit tolérer. Malherbe, le poète grammairien, avait consacré cette tournure, dans Tode à Henri IV :
" Tel qu'à vagues épandues
" Marche un fleuve impérieux,...
" Tel et plus épouvantable... "
Est-il besoin de démontrer que la comparaison champêtre du premier quatrain est appropriée au sujet .^ Boileau veut une poésie pastorale naturelle, simple comme une bergère de bon goût, de bon sens et de bon ton. Cette bergère idéale n'est point celle des idylles rêvées
I. Œuv,, éd. L. Moreau, 1. 1, p. 299. — 2. V. Œuv, de Bail,, éd. Daunou.
par M"^« Deshoulières et autres grandes dames ou grands seigneurs, très peu au fait de la nature simple. Les Virgiles du xyii^ siècle ne voyaient que des Tîtyres enrubannés, des Amaryllis chargées de dentelles; tous étalant beaucoup plus de diamants que de fleurs, tous semblables aux bergers et bergères mis en scène par Molière dans sa Pastorale héroïque :
'* Ce ne sont que Seigneurs, qui, des pieds à la tête, " Sont brillants et parés comme aux jours d'une fête; " Ils surprennent la vue; et nos prés, au printemps " Avec toutes leurs fleurs sont bien moins éclatants ('). **
Ce fut ainsi que Ton comprit la vie champêtre, depuis le xvi« siècle jusque vers la fin du xviii®. Au commencement du xvii®, Nicolas Vauquelin des Yveteaux, poète et fils de poète, eut Tidée de s'essayer à la vie de berger, à Paris ; mais il se fit berger à la mode des Lycidas, qui connaissent les champs et les prés des tapisseries, ou des livres. Nicolas s en allait jouer son rôle bucolique dans une maison du faubourg Saint-Germain.'' La houlette à la main, la panetière au •' côté, le chapeau de paille doublé en satin couleur de ** rose sur la tête, il conduisait paisiblement le long des ** allées de son jardin ses troupeaux imaginaires, leur " disait des chansonnettes et les gardait du loup ('). '
Boileau se prononce contre ces faux pasteurs et ces fades idylles. Point de rubis; de vraies fleurs, cueillies dans un champ réel. Le P. Mourguescite les vers de Boileau et déclare que la poésie pastorale ne doit point " débiter des sentiments de cour dans la bouche *• des bergers... Son style doit être moins orné quélé- *' gant; les images riantes; les comparaisons tirées des •• choses les plus communes (^).
1. MéliarU^ acte I, se. 3. — 2, Vigneul-MarvilU^ t. I, p. 180. — 3. TraiU de la Poés, fr.
La comparaison commune, dont Boileau fait usage pour égayer son précepte, amuse Desmarets et Pradon. Écoutons Desmarets :
" Telle qu'une bergère, au plus beau jour de fête ** De superbes rubis ne charge point sa tête.... "
** Ce n'est pas une merveille. Car une bergère n a ni rubis, ni or, ni diamants. Ainsi la comparaison n'est pas juste pour l'Idylle; parce que le poète s'y doit abstenir de la pompe par art et par raison et non par manque de force et par pauvreté ('). " La critique de Desmarets n'est pas merveilleuse non plus. Pradon s'en contente et la remanie ainsi : ** Ce ** n'est pas une grande merveille qu'une bergère, le '* jour de la fête de son village, ne charge point sa ** tête de rubis et ne mêle pas à l'or l'éclat des dia- ** mants. Où les prendrait-elle? Ce serait une mer- " veille bien plus surprenante de s'en voir parée (sic). *' Elle ignore, ou du moins elle doit ignorer, de quelle ** couleur ils sont. Ainsi M. D*** veut dire que : ** Telle qu'une bergère ignore l'usage de l'or et des ** diamants, telle \ Idylle doit ignorer le faste et la ** pompe des grands vers, mais doit être noble dans ** sa simplicité et non pas humble dans son style. C'est '* ce que M. D*** veut dire, et c'est justement ce " qu'il fte dit pas ('). "
Il l'a pourtant si bien dit que Pradon l'a parfaitement entendu. — Telle ou telle édition récente de \Art Poétique semble attribuer à Condillac le pauvre mérite d'avoir inventé cette tracasserie, à propos des rubis et des diamants. Condillac répète de petites idées, trouvées depuis près d'un siècle par l'auteur du Clovis et par l'auteur du Triomphe de Pradon,