‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 2 sur 236 · I. Déf, du Poème hér,^ p. 83. — 2. Nouv, Rem,^ p · texte numérisé non relu

I. Déf, du Poème hér,^ p. 83. — 2. Nouv, Rem,^ p

" Telle, aimable en son air, mais simple dans son style, " Doit éclater sans pompe une ëlëgante idylle.

Cette dernière expression eut l'heureuse fortune de fixer le genre du mot ** Idylle ". L'académicien Genest le déclare. Avant Boileau, dit-il, nombre d'écrivains employaient ce substantif au masculin ; depuis, on écrit : ** une idylle ". ** M. Despréaux semble avoir " fixé ce dernier usage, dans son Art Poétique: une " élégante idylle ('). "

C'était un des noms décernés aux poésies dites champêtres. Ces noms variaient avec les poètes. Vauquelin avait rimé des Idyllies et des Foresteries : après lui, on fit des Églogues, des Pastorales ; Racan fit des Bergeries : Mme des Houlières, des Églogues ou des Idylles, On employait indistinctement, ou à peu près, au temps de Boileau, les termes d'^^/i^^^ {p\iÉ dogue) et d'Idylle ; Boileau, dans ce passage même, ne fait aucune différence. L'abbé Genest, bel esprit de la cour de Sceaux, disserte au long sur les nuances des deux termes : ** Le docte M. Ménage, dit l'abbé Genest, ** s'est exercé en ces sortes de poèmes, qu'il appelle *• les uns Églogues y les autres Idylles. Il le fait exprès ** sans doute ; et je remarque qu'il se sert du nom ** âiÉglogu^y lorsqu'il introduit des bergers, et du nom •* d'Idylle, lorsqu'il fait parler un moissonneur, un '* vanneur, un jardinier, un pêcheur, un oiseleur. Il ** réserve ainsi le nom d'Églogue aux entretiens des " seuls bergers ; mais il n'a point trouvé cette distinc- " tion dans Théocrite. "

L'abbé Genest remarque ensuite qu'il a plu à Virgile d'appeler Églogue, ce qu'il avait plu à Théocrite d'intituler Idylle. Et après avoir bien discouru sur le

I. Di Péjilogue et de Pidylli, — Réfl. du P. du Cerceau etc., p. 343.

L'ART POÉTIQUK.

sens exact de ces deux noms, Tabbé Académicien arrive à cette conclusion : " Il n'y a que \ Idylle pas- ** torale, qui soit la même chose que YÉglogue. Ainsi ** la signification 6' Idylle sera plus étendue que celle " à'Églogue {% "

yi^ispaulo majora. A qui s'adressaient les conseils très s^es de Despréaux ?

Depuis Théocrite, courtisan d'un roi d'Egypte et d'un roi de Sicile, jusqu'à M. de Florian, les vers champêtres n'ont guère été composés à l'ombre des ormeaux ou des coudriers, ni " sous le toit dun hêtre " large\ Le premier poète qui importa le genre bucolique en France, fut le gentilhomme de Falaise, Vauquelin de la Fresnaye. Il raconte en son Art Poétiquey comment il introduisit **des premiers" cette poésie chez les Français. Il cite d'abord les noms fameux de ses devanciers, Apollon {!), Théocrite, Virgile et Sannazar; puis il vient à ses contemporains qui ont joué de la **cornemuse ", de " la flûte à sept pertuîs " et du ** flageol ",

" Et ce flageol était resté napolitain,

'' Quand, pasteur, des premiers, sur les rives du Clain,

" Hardi, je Tembouchai, frayant parmi la France

'' Le chemin inconnu pour la rude ignorance.

" Je ne m'en repens point; plutôt je suis joyeux

" Que maint autre depuis ait bien su faire mieux.

" Mais plusieurs toutefois, nos forêts épandues,

'^ Ont, sans m'en faire hommage, effrontément tondues ;

" Et méprisant mon nom, ils ont rendu plus beaux

" Leurs ombres découverts de mes feuillus rameaux.

" Baïfti Tahureauy tous en mêmes années,

'' Avions par les forêts ces muses pourmenées ;

" Belleau qui vint après, (notre langage étant

" Plus abondant et doux), la nature imitant,

" Égala tous bergers ; toutefois dire j'ose

" Que, des premiers, aux vers j'avais mêlé la prose ('). "

I Op. cit., p. 300-3. — 2. L. IIL

Colle tet, en son Discofirs du poème bucolique {([.(^^'j^, attribue aussi aux Foresteries et Idyllies du gentilhomme normand, l'honneur d'être venues les premières : *• Le premier, à mon avis, qui a fait des Idylles en notre " langue, est Jean de la Fresnaye, " Colletet nomme ensuite ** Pierre Le Loyer, bel esprit du pays d'Anjou".

Mais celui qui développa surtout en France ('), le goût de la campagne factice, ce fut Honoré d' Urfé. Dans son roman de XAstrée, il avait peuplé les bords du Lignon, de bergers grands-seigneurs. Le succès en fut contagieux ; si bien que le xvii® siècle, à partir de là, retentit du flageol et des plaintes des Tyrcis et des Amaranthe.Ce fut une avalanche d'idylles tombant au milieu des canons, des perruques et des plumes, sous les ** lambris dorés". Les pastorales firent irruption sur la scène comme dans les salons et dans les romans.

Le M. Jourdain, auquel Molière a prêté quelques grains de bon sens, demande avec étonnement et dégoût : ** Pourquoi toujours des bergers ? On ne voit *' que cela partout (') ! " C'était la mode, M. Jourdain.

Et ces fadaises nées en France, quelques années avant le meurtre de Henri IV, y fleurirent jusqu'au meurtre de Louis XVI. Pendant près de deux siècles,

'* La bergère outrant sa parure

" N'eut plus que de faux agréments ;

" Le berger quittant la nature

" N'eut plus que de faux sentiments ;

" Et ce qu'on appelle VÉgiogue

*' Ne fut plus qu'un froid dialogue

*' D'acteurs dérobés aux romans (3). "

I. L'Italie avait donné le ton, comme pour les concettis. Le Tasse avait fait Aminia et Guarini le Pastorfido,

3. Bourj^, Cent.<t acte I, se. 2. — 3. Gresset, Odi à Virgile,

Les représentants de cette poésîe villageoise trop ci vilisée, furent, au xvii« siècle, après d'Urfé: \^ Rdcan. Boileau Testimait capable de chanter '* Phîlis, les bergers et les bois ". Oui, les bosquets peints d'une toile de théâtre, les bergers des ** Bergeries ", qui sont Alcidor. Tisimandre et Lucidas;des bergers marquis. Toutefois, çà et là chez Racan, il y a des traits qui ressemblent à la nature vraie ; par exemple, quand il montre

" Les oiseaux assoupis, la tête dans la plume, ''

et ce berger,

Qui " rapportait toujours, en revenant au soir,

" Quelque pièce d'argent au coin de son mouchoir, "

et cette heureuse vie d' Alcidor,

'^ ... Qui, bornant le monde aux bords de son domaine, '* Ne croit point d'autre mer que la Marne ou la Seine ".

Mais pour trouver ces perles des Bergeries, il faut presque à chaque coup sauter *' vingt feuillets *', comme dans le palais de Scudéry (').

2° Segrais. Boileau, vers la fin du iv« chant de VArt Poétique, l'invite à faire retentir le nom de Louis le Grand, sous les ombrages des bois :

" Que Segrais dans VÉglogue en charme les forêts. "

Il eut en effet le génie champêtre. Et si notre langue, surtout si nos mœurs se prêtaient aux idées de rÉglogue, peut-être Segrais de son art *' eût remporté le prix '*. Il a écrit sept Églogues : Climène, Timarette, Amire^Aminte, Olympe, Uranie et La PaixXi^ns cette dernière, il chante la paix des Pyrénées, le " sage Pas- ** teur Jule", c est-à-dire Mazarin qui dompta plus de monstres qu Hercule ; et ce Louis,

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