Ibid.^ p. 39. — 4. /(^/V/., p. 39. — 5. Ibid,^ p
Jamais au spectateur n'offrez rien d'incroyable. Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
La pensée de ces vers est une imitation du vers 338 de la lettre aux Pisons :
** Ficta voluptatis causa sint proxima verts, "
C'est aussi la pensée de Racine : " Il n'y a que le vrai- ** semblable qui touche dans la Tragédie ('). **
Labbéd'Aubignac fait toute une dissertation sur la différence du vrai, du possible et du vraisemblable. Sa conclusion est celle de Boileau : " Il n'y a donc que le '* vraisemblable qui puisse raisonnablement fonder,sou- ' tenir et terminer un poème dramatique ; ce n'est pas * que les choses véritables et possibles soient bannies "du théâtre; mais elles n'y sont reçues qu'en tant ** qu'elles ont de la vraisemblance (*). "
D ailleurs, cette théorie, exposée par Boileau, d'Aubignac et Horace, vient en droite ligne d'Arîstote. Corneille, qui prétend s'écarter d'Arîstote en ce point, plaisante les traducteurs et commentateurs du Philosophe : *' Il faut, dit-il, que le poète traite son sujet *' selon le vraisemblable et le nécessaire. Aristote le dit; •• et tous ses interprètes répètent les mêmes mots, qui ** leur semblent si clairs et si intelligibles, qu'aucun ** d'eux n'a daigné nous dire, non plus que lui, ce que *• c'est que ce vraisemblable et ce nécessaire ('). " Làdessus Corneille s'enfonce dans une discussion où nous ne le suivrons pas. Un mot suffira ; Corneille ne souscrit point aux préceptes d' Aristote et de " sa docte cabale ". Il soutient que le sujet d'une Tragédie ne doit pas nécessairement être vraisemblable. Et dans sa préface à'fféraclius, il prétend expliquer cette doctrine
I, Préface de Bérénice, — 2. Prat. du Th,y liv. il, p. 67. — 3. !• Disc.
par Arîstote lui-même : *' Quoique peut-être on voudra ** prendre cette proposition pour un paradoxe, je ne ** craindrai point d avancer que le sujet d'une belle *' Tragédie doit n*être pas vraisemblable. La preuve *' en est aisée par le même Aristote ('). "
Mais au même endroit, Corneille dit, presque dans les mêmes termes que Boileau : '* Tout ce qui entre ** dans le poème doit être croyable. '* On a voulu mettre Corneille en contradiction avec Boileau, sur ce chapitre du vraisemblable. Mais la conciliation de leurs idées est chose facile. Corneille veut que le sujet tragique, en lui-même, soit ** d'intrigue enveloppé " (c'est le mot deBoileau), de façon qu'on ne devine point tout d'abord le dénouement; par là le sujet ne se présente pas de luimême, selon le vraisemblable. Mais Corneille veut que dans la Tragédie tout soit *' croyable *', et Boileau dit : ** n'offrez rien d'incroyable ". Donc l'un et l'autre veulent que l'action se déroule, ou, comme dit Boileau. ** se débrouille", avec l'apparence de la vérité.Corneille n'admet pas dans le sujet une vraisemblance, qui rendrait l'intrigue par trop transparente ; mais il réclame la vraisemblance dans la façon de dérouler l'intrigue. En cela. Corneille et Boileau et sans doute Aristote sont d'accord. C'est ce qu'exigent la raison et l'usage du théâtre.
La Mesnardière, qui tenait pour le vraisemblable^ distinguait deux sortes de vraisemblables :
i^ Le vraisemblable ordinaire ; 2° le vraisemblable rare, ou celui d'événements qui arrivent contrairement aux habitudes ou aux apparences. Ce vraisemblable rare est à peu près celui que Corneille demande. Sans cela, il n'y aurait plus de vrais coups de théâtre.
Question de mots.