‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 161 sur 236 · Dans VAstr/e · texte numérisé non relu

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** une espèce de débordement sur le Parnasse. On ** vantait surtout ceux de Gomberville, de La Calpre-

** nède,de Desmaretset de Scudéry Ils peignirent

** non seulement des princes et des rois, mais les plus *' fameux capitaines de l'antiquité, pleins du même ** esprit que ces bergers... De sorte quau lieu que

* d'Urfé dans son Astrée, de bergers très frivoles

* avait fait des héros de roman considérables, ces •' auteurs, au contraire, des héros les plus considérables ** de l'histoire firent des bergers très frivoles, et quel- ** quefois même des bourgeois encore plus frivoles que ** ces bergers ('). '*

'* Qu'Achille aime autrement que Tyrsis et Philène ; " N'allez pas d'un Cyrus nous faire un Artamène.

comme Mlle de Scudéry l'avait imaginé et osé en son Romande Cyrus. *' A riamène est un nom supposé, que " Tauteur du roman fait prendre au jeune Cyrus, quand * il quitte la cour du roi Cambyse son père, pour aller ** voyager. Cyrus fait plusieurs actions glorieuses et *' demeure longtemps inconnu et déguisé sous ce *' nom d* Artamène ('), *' Dryden n a pas compris le sens de ce nom romanesque ; il traduit : ** Or for a " Cyrus shew an Artaban. " Artaban est loin de ressembler au mièvre héros de Sapho-Scudéry. Boileau s'était déjà diverti de Cyrus-Artamène. Dans son ** Dialogue à la manière de Lucien *\ il avait fait comparoir, par devant Pluton, *' ce grand Roi " qui envoyait ** les hommes tous les jours par trente mille et par *• quarante mille au sombre royaume.

Diogèfu^ (s'adressant à Pluton).

** Au moins, ne lallez pas appeler Cyrus.

1 . Discours sur U Diai. des héros de Roman, ?. Brossette. Corresp»^ etc. Édit. Laverdet, p. 568.

Pluton.

** Pourquoi ?

Dioghu,

** Ce n est plus son nom. Il s appelle maintenant ** Artatnène.

Fluion.

** ^r/^w^«^/Etoù a-t-il péché ce nom-là? Je ne ** me souviens point de l'avoir jamais lu.

Diog^ne»

** Je vois bien que vous ne savez pas son histoire.

Fluion,

** Qui ? moi ? Je sais aussi bien mon Hérodote ** qu'un autre. "

Plu ton n a pas lu le Cyrus de Mlle de Scudéry. A son grand ébahissement, il entend le " trop pleurant ** Artamène" débiter une tirade à l'adresse de 1'** illustre Mandane ". Il chasse ** ce grand pleureur-là " et apprend que Cyrus-Artamène" a encore neuf gros tomes" à narrer dans le même style.

— Nous venons de voir comment Saint-Évremont raillait ces contrefaçons de héros ; or les railleries de Boileau contre le Cyrus et ses fades confrères furent tout d abord imprimées dans une édition des œuvres de Saint-Évremont. Brossette reçut cet ouvrage vers le i^^ janvier 1 704 et il écrivit à son illustre correspondant : ** Je fus bien aise, Monsieur, d'y retrouver une ** partie de ce que vous m'en aviez dit autrefois : le ''grand Artamène, X incomparable Clélie, et la /^«//r^ *' Tomyris, et les tablettes de la délicate reine des ** Massagètes, et le benêt Horatius Coclès qui chante ** à l'écho, et \^ galant Brutus, et Caton le dameret. "

Nous verrons bientôt plusieurs de ces niaises figures, ridiculisées derechef par Boileau, en vers et en prose ;

notons seulement ici que, pour le combat du Lulrtn,\e poète fait du Cyrus-Artamène " tome épouvantable ", un puissant projectile.

Pradon, redresseur des torts de Boileau, prend le parti û'Artaînhte et foudroie Boileau, par cette éloquente apostrophe ; " Cependant ces tomes épouvanta- " blés, et cet horrible Artamène, qui ont été traduits " en toutes sortes de langues, même en Arabe, et qui " font encore aujourd'hui la plus délicieuse lecture des " premières personnes de la cour, — cet horrible Ar- " tamène, dis-je, dont on achetait les feuilles si chère- " ment, à mesure qu'on les imprimait, et qui ont enfin " fait gagner cent mille écus à Augustin Courbé, est à " présent l'objet de la Satire de Monsieur D***.Quand " ses Satires auront fait gagner cent mille écus à " Barbin, on souffrira sa critique un peu plus tranquil- " lement, et quoiqu'il dise :

" Â sesproprts dipens enrùhir le libraire,

" je crois qu'il a encore du chemin à faire jusque-là. " En vérité, Cyrus et Clélie sont des ouvrages qui ont " illustré la langue française, et les marques d'estime ■' que le roi a données à une personne illustre et mo- " deste, qui n'a jamais voulu être nommée, devraient ■' arrêter Monsieur D*** ('). "

Racine prétendit avoir réalisé ce vœu de Boileau, dans la Tragédie qui lui causa tant de soucis, de regrets, de remords, et qui le fit renoncer au théâtre profane :

■■ La seule pensée du crime y est regardée avec " autant d'horreur que le crime même : les faiblesses

i. N"" Reiit.,^. 105.

** de Tamour y passent pour de vraies faiblesses. " — Racine croyait, du moins il le dit, avoir trouvé *' un " moyen de réconcilier la Tragédie avec quantité de ** personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine, ** qui l'ont condamnée dans ces derniers temps. " Le contraire arriva.

Corneille n'entendait point comme Racine l'usage des intrigues d'amour au théâtre. Racine était pour Corneille de ces ** doucereux " dont il se plaint. Corneille veut que l'amour ** se contente du second rang *' dans le poème " et laisse la première place aux grandes passions, telles que ** l'ambition et la ven- ** geance " {').

Par l'Avis au lecteur,en tête de Soplwnisbe, Corneille s'était expliqué déjà sur ce chapitre. ** J'aime mieux •* qu'on me reproche d'avoir fait mes femmes trop ** héroïnes..., que de m'entendre louer d avoir efféminé ** mes héros par un^ docte et sublime complaisance au ** goût de nos délicats, qui veulent de l'amour partout, V* et ne permettent qu'à lui de faire auprès d'eux la *' bonne ou la mauvaise fortune de nos ouvrages. "

Saint-Évremont félicita Corneille de ces hautes pensées. De là, nouvelle déclaration de l'auteur de Sophonisbe et de Polyeude: ** J'ai cru jusques ici (*) '* que l'amour était une passion trop chargée de fai- •* blesse, pour être la dominante, dans une pièce héroï- ** que; j'aime qu'elle y serve d'ornement, et non pas de ** corps ; et que les grandes âmes ne la laissent agir '* qu'autant qu'elleest compatible avec de plus nobles ** impressions. Nos doucereux et nos enjoués sont de " contraire avis, mais vous vous déclarez du mien (').''

Les doucereux, selon toute apparence, sont l'auteur

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