‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 160 sur 236 · I. Lettre à V Acad,, ch. VI. — 2. 22 nov · texte numérisé non relu

I. Lettre à V Acad,, ch. VI. — 2. 22 nov

CHANT IIX.

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impertinent que ceux qu'ils nomment gens du monde. Ils parlent tous un certain langage qu'ils appellent galanterie ; et quand nous leur témoignons, Proserpîne et moi, que cela nouschoque,ils nous répondent que nous ne sommes pas galants. On ma assuré même que cette pestilente galanterie avait infecté tous les pays infernaux, même les Champs Élysées; de sorte que les héros et surtout les héroïnes qui les habitent sont aujourd'hui les plus sottes gens du monde, grâce à certains auteurs, qui leur ont appris ce beau langage et qui en ont fait des amoureux transis ('). "

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" De cette passion la sensible peinture " Est pour aller au cœur la route la plus sûre. " Peignez donc, j*y consens, les héros amoureux ; *' Mais ne m'en formez pas des bergers doucereux.

Ce ** /y consens '*, Boileau le répétera au chant IV. Nous exposerons alors lavis contraire, avis — très formellement exprimé et très fortement motivé, — des grands hommes et des grands auteurs dramatiques contemporains de Boileau. Nous verrons comment, pour calmer les troubles de sa conscience. Corneille allait consulter les casuistes et soumettait ses œuvres à la censure des puissances spirituelles et temporelles ; — comment Racine, pour faire taire ses remords, voulut s'ensevelir dans une Chartreuse.

Il suffit ici de condamner, avec Boileau, la métamorphose des héros en bergers à la mode de VAstrée,

I . Tout le inonde sait comment Bossuet anathématisa les romans, en face du tombeau d'Henriette d'Angleterre qui, dans l'étude de l'histoire, ** perdit insensiblement le goût des romans et de leurs fades héros ; et '* soigneuse de se former sur le vrai, ... méprisait ces froides et dange- *^ reuses fictions. " Bossuet fut plus sévère encore contre les passions du théâtre. Nous le dirons en son lieu.

OU du Paslorjido.^x^n n'est ridicule comme d entendre soit dans les Tragédies larmoyantes, soit dans les interminables romans des soixante premières années du grand siècle, les vieux ferrailleurs transformés en porte-houlette, ou en porte-quenouille. Tous ces Hercules, filant et soupirant des Madrigaux, font bâiller, ou sourire. Mais pendant la guerre de Trente Ans, pendant la Fronde, et plus tard encore, on les trouvait de bon ton.

En 1672, Saint- Évremont ne comptait que " huit ** ou dix pièces ',011 les intrigues d amour ne fussent pas complètement déplacées et comme Boileau, il prononce que ** nos plus grands héros " deviennent d'insipides

* bergers sur nos théâtres ". — " Croyant faire les rois

* et les empereurs de parfaits amants, nous en faisons

* des princes ridicules ; et à force de plaintes et de

* soupirs, où il n*y aurait ni à plaindre ni à soupirer,

* nous les rendons imbéciles comme amants et comme

* princes ('). "

Quelques mois avant de mourir, Boileau développa sa pensée touchant les héros transformés en ** bergers ** doucereux". Il en fait remonter la cause et la faute aux bergers du Lignon (') rêvés par Honoré d'Urfé.*'Le ** grand succès de ce roman échauffa si bien les beaux ** esprits d'alors, qu'ils en firent, à son imitation, quan- '' tité de semblables, dont il y en avait même de dix ** et de douze volumes ; et ce fut quelque temps comme

i. De la Tra^. Ane. et mod., loc. cit., p. 309. — Ailleurs, Saint- Evremont estime le Parus de Racine aussi fou que le héros très illustre de Cervantes. Porus n'a d'autre but, en défendant son royaume, que de mériter Testime d'Axiane. "On dépeint ainsi les chevaliers errants, quand " ils entreprennent une aventure ; et le plus bel esprit, à mon avis, de " toute l'Espagne, ne fait jamais entrer don Quichotte dans le combat, " qu'il ne se recommande à Dulcinée. " {Dissert, sur Alex, le Grande Ibid., p. 295.)

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