Ep, X. V. 118. — 4. Lettre du 29 mai
5. " Sed profanorum Numinum fieri mentionem, per vatem non pro- " fanum, grave videbitur lis, qui non plane norunt ingenium poeticas, ** quae per cteorum ministeria et fabulosutn sententiarum tormentum^ <' animos tollere débet interdum, ut inveniat admirationem. Quam pote- " statem per se facit artis licentia, si Religionts non intersit, quae nec *' laedi se putat, nec bonos mores violan,cum pro ingenio ludit poetica : " ut per fabularum gratiam minus languide quaerat veritatem. " (Les Jardins^ y xiîdxx,,)
CHANT m.
ser ces antiques licences à un poète moderne et chrétien, ce serait méconnaître le génie de la poésie ; Tart permet ces agréments, là oîi la foi et les mœurs sont respectées ; la poésie court plus vite à la vérité, quand elle se sert des ailes de la Fable.
Je vois bien là des affirmations ; mais de preuves, point. Les poètes latins, nourris de T Enéide et des Métamorphoses, étaient naturellement portés à soutenir un usage, qui leur emplissait l'oreille et la mémoire de dactyles et de spondées. C'est ce que Desmarets leur disait en ces termes :
" Qu'on vous ôte Apollon, les Muses, le Parnasse, " Et les heureux lambeaux de Virgile et d'Horace, '* Vous voilà secs, mourants, sur la vase couchés, " Comme font les poissons des étangs desséchés (')• "
Le P. Bouhours se rangeait à lopinion du poète son confrère, et admettait ces ornements reçus : " A " la vérité, le monde /aôu/eux, qui est le monde des '* poètes, n a rien en soi de réel. C'est l'ouvrage tout *' pur de l'imagination ; et le Parnasse, Apollon, les " Muses, avec le cheval Pégase, ne sont que d'agréa- " blés chimères. Mais ce système étant une fois sup- ** posé, tout ce qu'on feint dans l'étendue du même " système ne passe point pour faux parmi les savants... " Le système /aâu/eux sauve ce que ces sortes de pen- ** sées ont de faux en elles-mêmes ; et il est permis, il " est même glorieux (!) à un poète de mentir d'une ** manière si ingénieuse (•). "
Et venant à des questions de style, le P. Bouhours se demande si l'on peut dire /a d4esse Fortune au lieu de la Providence ; il tranche ainsi la difficulté: " Je ** m'explique. Toute la question se réduit presque à la ** prose ; car le système de la poésie étant de soi fabu-
" leuxet tout paien^ la déesse Fortune y est reçue sans ** difficulté avec la déesse Diane et la déesse Minerve ; ** etnos poètes ont le droit de la faire agir dans le carac- " tère que les idolâtres lui ont donné. Je crois donc, ** qu'en prose, nous pouvons être un peu païens de ce ** côté-là, quand la matière de nos ouvrages ressemble ** à celle des livres d*où nous avons pris ce personnage ** de Fortune : je veux dire quand notre Religion n y ** a nulle part, tels que seraient des panégyriques et des ** histoires profanes, des discours de pure morale (?) et "de pure politique... Mais je doute qu'on doives! ** fort faire agir la Fortune^ dans des ouvrages purement ** chrétiens, etc. (')...
J en doute aussi. Un autre Jésuite, poète épique latin et auteur d'une â\^%ç^xX,2X\oxv péripatéticienne sur le Poème épique, le P. P. Mambrun, n'était pas,, entièrement, ce semble, du sentiment de ses collègues. Il traite de sottises et de bagatelles ce chœur des Muses et ces inspirations d'Apollon ("). Mais le P. Le Moyne, poète épique français,est plus explicite. Il prend comme personnages merveilleux des anges et des démons, posant pour maxime: ** Qu'on n'appelle point les anges, ** qu'on n'évoque point les démons, où il ne faudra ** que de la conduite, que du courage et de la force. " Il admet même la magie, pourvu qu'elle ne fasse point " une rapsodie de sortilèges, pareille à la vie d'Apulée, ** ou à celle du Docteur Fauste (3). "
Le Génovéfain Le Bossu, dans son docte Traité, ne s'occupe même pas de savoir s'il y a un merveilleux