Brossette parle sans doute de La Motte
" Mais attendant qu'ici le bon sens de retour '* Ramène triomphants ses ouvrages au jour, " Leur tas, au magasin, caches à la lumière, " Combattent tristement les vers et la poussière.
** Voilà, s'écrie Desmarets, en réponse aux vingt
* vers précédents, une tirade que sa plume envenimée
" a mise sur le papier, qu'il a voulu prôner longtemps
** et qu'enfin il a rendue publique par l'impression ;
" mais c'est une fureur qui est plus digne de mépris
" que de réponse. Le Poème de Clovis est connu et
** jugé ; il n'est plus temps de l'attaquer, et il n'est plus
** question aussi de le défendre. Je demanderais seule-
** ment au satirique si ce sont les Visionnaires, ou les
** Amours de la règle et du Compas et ceux du soleil et
" de r ombre, ou \ Ariane, ou la vérité des Fables, ou le
" grand poème de La France chrétienne, qui feront
** passer leur auteur pour écolier, pour poète sans art,
" pour muse déréglée, et pour maigre génie ; et pour
** dépourvu de sens et de lecture celui qui, par un traité
'* auquel nul docte n'a pu répondre, a marqué tant de
** défauts d'Homère et de Virgile ; et si son poème de
** Clovis est caché à la lumière et rongé des vers dans
*' un magasin, dont j'ai vu cinq diverses impressions, de
" Paris, d'Avignon et de Hollande. Ces ouvrages ne
*' sont pas pour périr, contre lesquels l'envie conçoit tant
*' de rage. Je sais le véritable sujet de cette fureur ; et
'* qu'elle est venue de ces vers qui ont été adressés au
** Roi, au-devant du poème de Clovis et que j'ai
*' voulu apprendre (').
" Et quand du dieu du Rhin, etc. ...
" Ces vers ne le désignaient pas particulièrement '* et étaient seulement pour soutenir la règle que l'on '* ne doit pas mêler les dieux des païens dans les
I . Desmarets parle ici par un des interlocuteurs de son Dialogue.
432 L'ART POÉTIQUK.
** ouvrages pour les héros chrétiens; et d'autres poètes ** que lui étaient tombés dans la même faute déparier *' du dieu du Rhin, dans leurs vers sur ce Passage. Les " poètes qui n'ont point d'invention ne savent où aller, ** s'ils ne trouvent dans \^ Fable un dieu pour les conduire. ** Et parce qu'il (Boileau) parlait souvent contre " le Poème de Clovis,*^ a pris encore pour lui ce qui est ** à la fin d'une Ode ('), où il est dit, parlant du Roi :
" Contre les jugements vulgaires, " Sans goût, injustes, téméraires, " J'espère dans son équité -, '' Et sa gloire en sera plus belle, " S'il n'attend pas que j'en appelle " A la juste postérité (»). "
La postérité doit à Fauteur du Clovis des remerciements pour son courage, et des condoléances pour son
insuccès.
*' LaissoDS-les donc entre eux s'escrimer en repos, " Et, sans nous égarer, suivons notre propos.
Qu'est-ce que Boileau entend ici par ^^ propos ? " Ce ne peut être ce qui précède, puisque Boileau va parler de la Comédie. Il donne sans doute à ce terme sa signification latine de dessein^ projet. Boileau ne prouve pas encore qu'il ait acquis l'art des transitions. Nous nous souvenons de la cheville, ou de la planche, que ce mot propos lui avait fournie au chant ii, pour passer de l'Ode au Sonnet (f).
I. Cette Ode se trouve en tête du poèine de Clovis. — 2. La Déf. du Poème héroïque^ p. 98-100. — 3. On peut lire tout au long dans Callières l'explication des mots " s'escrimer entre eux". Le livre m* de sa Guerre s'ouvre par une dispute entre les Homères français — ** Il y avait surtout " une grande division entre les poètes épiques françois..." Et le reste. (i688,p.49etsuiv.)