‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 57 sur 236 · Z^i CriV. etc.. Sel · texte numérisé non relu

Z^i CriV. etc.. Sel

** et les quolibets. Ce sont de faux diamants qu'on '* porte dans les mascarades et dans les ballets (*). "

Dans un petit ouvrage intitulé XArt de plaire, rauteur,un gentilhomme, M. de Vaumorière, déclarait les Turlupinades indignes d'un homme de qualité :

Dorante^ à Lisidor.

** Pour les quolibets, les Turlupinades, les équi- " voques, vous voulez bien que nous les abandonnions * au peuple, ou tout au plus aux beaux esprits de la '* basse bourgeoisie (')."

(Quel dédain !)

Bélise.

'' Je suis bien aise que Ton n'épargne point ces '* Turlupins, qui s'imaginent être des railleurs fort " divertissants, quand ils ont débité quelque méchante *• équivoque, ou qu'ils ont fait une allusion qui vaut ** encore moins, et dont toute la raillerie consiste à ** faire le folâtre, l'enjoué, à contretemps et le rieur ** sans sujet, à dire de petites pointes plates ('). "

Molière et Boileau, les deux champions du bon ton contre les héritiers du farceur Turlupin, ne méritaient guère d'être assimilés à ces ** bouffons infortunés ". Tous deux pourtant reçurent cet affront. Pradon traita de ** Turlupinades " les bons mots de Boileau. Cotin, dans sa Critique désintéressée sur les Satires du temps, 1666, osait appeler Molière le ** Turlupin " de Boileau, comme si Boileau eût renouvelé Gauthier- Garguille (*) ! Bonnecorse trouva moyen de rire tout à la fois des Turlupins et du Satirique :

I. Man. de bien penser, i*' Dial. — 2. Éntr., XIIL — 3. Ibid- Enir. XIL — 4. V. M. V. Fourncl, ConUmp. de Mol, I, p. 256.

** Pour plaire aux gens de Cour, il faut être flatteur ;

** Il faut se récrier à toutes leurs paroles,

" Louer leur bel esprit et Xewrs pointes frivoles^

" Admirer un discours embarrassant, obscur,

" Eût-il plus de défauts que VOde sur Namur/{') "

'* Ce n'est pas quelquefois qu'une muse un peu fine " Sur un mot, en passant, ne joue et ne badine, " Et d'un sens détourné n'abuse avec succès.

" Mais fuyez sur ce point un ridicule excès ; " Kt n'allez pas toujours d'une pointe frivole " Aiguiser par la queue une épigramme folle.

Dans les trois premiers de ces alexandrins, Boileau ou se contredit ou se corrige. Après avoir prohibé •' la finesse roulant sur les mots, " il autorise ici ** une ** muse un peu fine", à ** jouer et badiner sur un mot ". La contradiction, ou la correction, semble d'autant plus manifeste que, dans Tun et l'autre cas, il s agit de rÉpigramme et de la pointe qui la termine.

CoUetet avait fortement recommandé d'aiguiser les derniers vers de TÉpigramme, en les comparant à ** la queue du scorpion ". Il faut, d'après lui, ajuster à Epigramme •'une conclusion artificieuse, surprenante, et dont la pointe vive et aiguë soit capable d'émouvoir et d'enlever l'esprit du lecteur; ce qui est, à dire vrai, le grand secret et comme le couronnement de rÉpigramme. De là vient que quelques auteurs ont comparé la conclusion de ce petit poème à la queue du scorpion ; d'autant, disent-ils, qu'encore que le scorpion menace de toutes les parties de son corps hérissé celui qui l'approche, si est-ce que la queue en est principalement à craindre, puisqu'elle est accompagnée et comme armée d'un certain aiguillon qui porte le trait de la mort ('). "

i. Le Poète sincèrey 1698, p. 45.— 2. piscde VÉpigr.^^. 55.

Gombaud comparait les traits de ses épigrammes, non pas à la queue du scorpion mais au dard des abeilles ou des guêpes. Ses Épigrammes, Gombaud disait "qu'il les appelait ses mouches; qu'elles piquaient '* bien fort et laissaient leur aiguillon. " Le sieur de Souvigny, qui a recueilli ce mot, ajoute malicieusement : ** Je ne réponds pas du succès qu'il en eut ('). "

" Tout poème est brillant de sa propre beauté, *' Le Rondeau, ne gaulois, a la naïveté.

** Each Poem his perfection has apart; •* The British Round in plainness shews his art. '*

(Dryden.)

Né Gaulois.

En effet le Rondeau nous appartient; c est un ingénieux supplice poétique, plus pénible encore que le Sonnet. Il comprend treize vers sur deux rimes, avec un refrain. Le refrain se compose des premiers mots du premier vers ; il se place après le huitième vers et après le treizième. Ainsi le Rondeau finit par où il commence, et semble, en tournant sur lui-même, faire une ronde. De là, le vieux nom Rondel. Mais le Rondel du temps jadis n'était point tout à fait le Rondeau moderne. Le P. Mourgues s'en plaignait, avec les propres termes de Boileau : " Le Rondeau est /// ** Gaulois, et il ne s'est pas encore assujetti aux règles ** françaises (*). " Le même auteur appelle le Rondeau un poème ** extrêmement gênant par l'ordre et le ** nombre des mots qui doivent rimer ensemble. *' Il ea cite un de Voiture, ** qui est dans toutes les règles". C'est celui qui agrémente les recueils de versification: '' Ma foi, c est fait...'' Le vieux Rondel avait du

i. Delà conn. des bons Liv.^, 223.

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