‹ L'Art poétique de BoileauChapitre 63 sur 236 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

" Prince^ tant plus je t'examine, "Je chante (et cela n'est douteux,) " Que sur terre ni sur marine " On ne vit onc un tel Goutteux.

Le nom de Prince mis en tête de Tenvoi est conforme à rétiquette poétique des Ballades. " A prendre ** la chose dans l'ancienne rigueur, '* dit le P. Mourgues, le mot prince se plaçait toujours en tête de

renvoi.

" I«6 Madrigal plus simple, et plus noble en son tour, '* Respire la douceur, la tendresse et Tamour.

** Quand on veut mettre en œuvre une petite pensée ** jolie, on en fait un Madrigal, qui est une petite " pièce d'un caractère galant, simple et point forcé du

** tout... Ceux qui savent faire des vers et qui ne ** veulent point être poètes, ne travaillent qu'en Madri- ** gaux ('). " Ainsi s exprime le P. Mourgues ; mais dans les règles qu'il donne, ce confrère de Boileau est assez sévère. Il ne veut point qu'on dépasse, pour le Madrigal, le nombre de dix-sept vers, ni qu'on descende au-dessous de six. Il y a là, ce semble, exagération. Le Madrigal n'a point de formes régulières, et n'a d'autre caractère distinctif que la brièveté. Il se plie à tous les mètres et admet les vers libres ; on en voit de toute allure dans la Guirlande de Julie, depuis les quatre vers de Desmarets sur la violette, jusqu'aux trente vers de Chapelain sur un autre don de Flore, la couronne impériale.

D'où vient le Madrigal ? D'Italie ? d'Espagne ? de Provence ? Colletet semble faire du Madrigal une propriété littéraire des peuples ultramontains: ** Quant " aux Italiens et aux Espagnols, on peut dire que " leur gentil Madrigal leur tient lieu d'Épîgramme, ** dont ils n'ont pas encore inséré le nom dans leurs *' poésies, mais dont ils emploient si agréablement les " plus nobles sujets sous cet autre titre si connu et si ** familier parmi eux ('). "

Ménage écrivait dans ses Observations .• " Le mot *' de Madrigal n'est pas ancien en notre langue. J'ai " ouï dire à M. Chapelain qu'il avait été apporté en " France par le cavalier Marin (3). " Ces savants hommes n'ont-ils pas fait erreur ? Le cavalier Marin vint en France au commencement du xvii® siècle ; et cinquante ans auparavant, Mellin de Saint-Gelais travaillait le Madrigal. C'est ce qu'un autre érudit, contemporain de Boileau, signale ainsi : ** On ne voit

I. 7>. de la Pois, fr, — Du Madr, — 2. Disc, de LÉp, — {Art PoéL ^^5^\ P- 36.— 3. OÏs, surîaîano.fr, — 2' édit. 1675, t- I^ P- ^53-

** point, dit Legendre, avant ce poète (Mellîn de Saînt- " Gelais), de Madrigaux français; il en faisait de fort " jolis; ces petites pièces plurent si fort, que, pendant " un siècle et demi, on ne donnait point de sérénade, " qu'on ne chantât, à Thonneur des Dames, un Ma- " drigal ou deux (')." Le P. Mourgues, traitant de la longueur du Madrigal, fait aussi remonter à Mellin de Saint-Gelais la gloire de cette importation : '* Le pre- ** mier Madrigal, à ce qu on croit, qui ait été fait en ** notre langue, et le seul qui soit imprimé dans les *' œuvres de Saint-Gelais, comprend dix-sept vers (')/'

Quoi qu'il en soit de Torigine du Madrigal, les petits beaux-esprits le tenaient en grande faveur. Tout ce qui savait coudre une rime au bout d un vers ''travaillait en madrigaux. " Cela même arriva à Louis XIV en personne. Le Grand Roi rima un Madrigal, au temps de sa jeunesse {^). Ce fut à peu près son seul essai poétique, et encore ne fut-il pas parfaitement heureux.

Bouhours dans son livre des Pensées ingénieuses^ s'occupe assez au long de ce très petit poème. J'en détache une page, qui donne à la fois exemples et préceptes : ** Les Madrigaux sont à peu près parmi •* nous ce que les Épigrammes sont parmi les Latins: " et les chutes en doivent être heureuses ainsi que '* celles des Épigrammes. Le Madrigal qui fut fait sur ** la prise de Luxembourg est dans ce genre:

^* Fier Luxembourg, maintenant pitoyable,

" Contre Louis vous n'avez pu tenir;

" Consolez-vous d'un sort inévitable;

" Vous vous trompiez de vous croire imprenable;

^' Mais en ses mains vous Tallez devenir. ''

(Mlle de Scudéry.)

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