I. Lettres^ etc., t. II
** d'usage du monde, est capable de ces ouvrages. La ** vraie poésie demande bien d'autres qualités (').
Le médiocre Juvénal Normand, L. Petit, après avoir lu Despréaux, rimait aussi la même pensée ; il disait d'un fou qui se croit devenu favori d'Apollon :
" Il décide de tout, de Tesprit, du mérite ;
" Et cinq ou six couplets de méchantes chansons,
" Qu'avec bien de la peine il tire de son fonds,
" Lui font croire sa Muse une Muse divine,
" Et qui doit l'emporter sur celle de Racine ('). "
On lit dans le Furetiriana :
" Un jeune courtisan, qui croit que sa naissance
" Lui doit de tous les arts donner la connaissance
" Dans le métier des vers croit être sans égal,
" Quand il a fait sans peine un méchant madrigal (3). "
Madrigal ou Chansonnette, cela se vaut. Ronsard avait eu, lui aussi, une tout autre idée de la poésie et du poète. Ce n'est pas, selon lui, un titre qu'on achète au prix d'une bluette ornée de quelques méchantes rimes : ** Lecteur, celui qui pourra faire un tel ouvrage, (un poème épique !) et qui aura une bouche sonnant plus hautement que les autres (*) et toutefois sans se perdre dans les nues ; qui aura l'esprit plus plein de prudence et d'avis et les conceptions plus divines (*) et les paroles plus rehaussées et recherchées, bien assises en leur lieu, par art et non à la volée, donnelui le nom de Poète ; et non au versificateur, composeur d'Épigrammes, Sonnets, Satires (?), Élégies et autres tels menus fatras (*). '*
I. RéJUx.^ etc. p. 3 et 4. — 2. Discours Satyriques ; 1686, Sat. iv, p. 40. — 3. P. 151-2. — 4. Osma^na sonaturum^ (H or.) — 5. Cui mens divinior (HoK) — 6. Pré/, de la Franciade^ Éd. de 1 592, p. 23.
" Il met tous les matins six impromptus au tiet.
L'impromptu est le triomphe des • poètes en bout; rimes. Oronte n'avait dépensé '* qu'un quart d'heure à faire son fameux Sonnet ; une minute par vers, compris le titre. Mascarille vantait aussi par devar les Précieuses ses succès en ce genre d'élucubrations " Je suis -diablement fort sur les impromptus. " E Cathos de s'exclamer : ** L'impromptu est justement 1; ** pierre de touche de l'esprit !"
Tous les impromptus que les rimeurs mettent ai net ne sont cependant pas dignes du panier, comm celui de Mascarille. Il en est même deux ou trois, qi ont leur place dans l'histoire des Lettres ; ainsi celui d Théophile sur le cheval de Henri IV, et celui d Sapho-Scudéry sur les œillets cultivés par le Prince d Condé.
L'impromptu obtint même de Louis XIV telle faveurs, qui rappellent les fortunes gagnées par Des portes et Mairet pour un Sonnet, ou par CoUetet, pou six alexandrins. Le fait suivant est rapporté par Saint Simon : ** Le Roi se mit à plaisanter Dangeau sur s '* facilité à faire des vers, qui, à la vérité, étaient rare ** mentbons; et tout d'un coup lui proposa des rimes foi '* sauvages, et lui promit un logement, s'il les remplis " sait sur-le-champ. Dangeau accepta, n'y pensa qu'u " moment, les remplit toutes, et ainsi eut un logement.
Le beau moyen, après de tels encouragements, d ne pas se croire poète et de ne pas thésauriser des in promptus ! — En 1705, Hamilton, écrivant à M. d Mimure, confessait le peu d'estime qu'il accordait ces éclosions spontanées de poésie; et, chemin faisan nommait les personnages qui réussissaient dans Vin promptUy à la cour de Sceaux.
** Je parle d un monstre qui vulgairement s'appelle ** Impromptu ; nous avons ici des gens qui ont le ** secret de l'apprivoiser et de lui faire dire les plus *' jolies choses du monde...
" Mais je regarde avec surprise " Que sur mille sujets divers " On fasse sur-le-champ des vers " Que le dieu des vers autorise, '' Et qui soient dignes des concerts " Qu'il inspire ou qu'il favorise ; " Facilité qui n'est permise " Qu'à Malézieu, Genest, Mayeuvron, ou Nevers. " (')
Furetière, dans sa Nouvelle Allégorique, accordait une placé à part à ces productions légères. Parmi les bataillons du Bon-Sens, il assignait aux impromptus le rôle d'éclaireurs. — Le général Bon-Sens ** détacha ** quelques Impromptus pour battre l'estrade, et ap- " prendre des nouvelles des ennemis. C'étaient des ** soldats volontaires, levés à la hâte, dont il ne faisait ** pas grand état ;qui néanmoins avaient quelquefois pris " d'emblée des places qui méritaient bien un siège
*' régulier ('). "
" Encore, est-ce un miracle, en ses vagues furies, " SI bientôt, Imprimant ses soties rêveries, " Il ne se fait graver au-devant du recueil, " Couronné de lauriers par la main de NanteuU.
" And in the front of ail his senselêss plays, " Makes David Logan crown his head with bayes. "
(Dryden.)
Nanteuil ** fameux graveur ", dit Boileau dans une note trop maigre. Nous la compléterons par cette page extraite des Mélanines de Vigneul-Marville : ** Nous
I. Lettre datée de Sceaux, i'' Juillet 1705. — 2. Z. «/., p. 77.
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avons eu (') en France trois graveurs habîles, tou trois fort beaux hommes et très bien faits : Lasne Chauveau et Nanteuil. Celui-ci, qui nous a laissé d< si beaux portraits au burin, et qui entendait si biei les pastels, était de Reims en Champagne. Dès soi enfance, la nature, se déclarant en lui pour le dessin lui faisait faire toutes sortes de figures sur les marge de ses livres ('). Ses parents et ses maîtres lui ei voulaient du mal. Mais les réprimandes et châti ments ne purent rien contre la passion qui lempor tait.
" Presque à la sortie du Collège, il vint à Paris, oi il vendait à ces petits marchands qui étalent sous le; charniers des Saints Innocents, ses coups d'essai pour avoir de quoi subsister. Des gens de bon goû lui conseillèrent, au lieu de trois ou quatre pastel: qu'il faisait par semaine, de n'en faire qu'un ou deu: et de les finir davantage. 11 suivit ce conseil. Comm< il se perfectionnait tous les jours, il s'avisa, pour tire; plus de gloire et de profit de son travail, de s'appli quer à graver au burin ; en quoi il réussit parfaite ment, ayant déjà fait à Reims quelques essais de C( bel art. Il est vrai que, n'ayant jamais appris à dessi ner, son talent est demeuré un peu trop borné. Il n'; jamais su dessiner que des têtes ; et il arriva un jou que, s'étant hasardé à faire des mains à une Vierge il se fit moquer de tous les gens du métier. . •* Au reste M. de Nanteuil était un galant homme d'un air à plaire et de fort bonne compagnie. S conversation mêlée de bel esprit et de quelque tein ture de lettres, le faisait rechercher des honnête