‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 102 sur 258 · Hist. Poétique de la guerre^ etc.,... 1688, p · texte numérisé non relu

Hist. Poétique de la guerre^ etc.,... 1688, p

l'art poétique. II

•* S'en va mal à propos, d'une voix insolente,

" Chanter du peuple hébreu la fuite triomphante ',

'• Et poursuivant Moïse au travers des déserts,

l)oilccUi dit en note : '' Saint-Amant, auteur de ." Moïse sanvé ".

Il est bon et nécessaire de savoir tout d'abord que le Moïse sauvé n Q,si pas un poème é[)ique et solennel. C'est une Idylle Jiéroïipie. Le passage de la mer Rouge n'en est qu'un épisode. C'est un songe (un peu long) qui fait voir ce prodige à la mère de Moïse, tandis que le berceau du futur libérateur Hotte sur le Nil.

Cette Idylle a obtenu deux censures dans \Art poétique. Elle les mérite ; mais, en dépit de détails fatigants et puérils, l'œuvre est celle d'un poète. Saint- Amant, malgré ses visites au cabaret, n'était pas un versificateur " à la douzaine"; il avait du génie et fut un vrai romantique en plein xvii^ siècle. Au fond, Boileau estimait Saint-Amant. Parmi les victimes auxquelles le satirique offrit ses excuses rétrospectives, dans sa Préface de 1701, Saint- Amant occupe la première place : " Je veux bien aussi avouer qu'il y "■ a du génie dans les écrits de Saint- Amant.... " Ailleurs, il lui accorde de la verve :

" Saint-Amant n'eut du ciel que sa veine en partage ('). "

I. D'après la satire I de Boileau, Saint-Amant serait un gueux et un mendiant. Ce n'est point là de l'histoire; bien que Saint-Amant ait célébré ses amis Les Goiji/rcs :

" ... Etre deux ans a jeun comme les escargots etc., bien qu'il ait raconté la nuit terrible qu'il passa, " Gîté dans un chien de grabat, " Sur un infâme lit de plume, " Entre deux draps teints d'apostume, " Où la vermine le combat. " On lit dans V Histoire de V Académie^ à propos des vers de Boileau sur la misère de Saint-Amant : " Tout cela pourrait bien n'avoir pour " fondement que l'imagination de M. Despréaux, qui, sans doute, a cru " qu'en plaçant ici un nom connu, cela rendrait sa narration plus vive " et plus gaie. '- (Éd. Livet, t. I, p. 268.)

Il manqua au génie de Saint- Amant, dans son Moïse et partout, de la mesure et de l'étude. Saint- Amant avait plus fréquenté le cabaret que le collège. Tallemant des Réaux, qui le traite avec dédain, trace de lui ce petit portrait, fort peu embelli : " Il a du génie, mais point de jugement ; Il ne sait rien et n'a jamais étudié (').

Ce génie sans application et sans règles qui sut un peu moins de latin que Racan, a des éclairs et des rayons, même dans le Moïse. Je ne connais pas, parmi les chefs-d'œuvre poétiques du grand siècle, une création plus neuve et plus gracieuse que son Ange des Pletirs,

"... L'ange qui s'emploie à recueillir nos pleurs, " Quand un juste sujet rend leur cours légitime (^). "

Malheureusement auprès des anges et des démons, on y voit apparaître Mars, Bellone,Cérès, Éole, Borée, tout l'Olympe virgilien; puis des abstractions divinisées, comme l'Antipathie et le Calme. On y voit l'Aurore '* rire des pleurs ", un lutin " tresser le crin d'un cheval ", un géant,

" Dont la dextre homicide, "Au lieu d'un javelot brandit un cèdre entier ^

et je ne sais combien d'autres merveilles hors de saison.

" Court avec Pharaon se noyer dans les mers.

Carel de Sainte-Garde, l'historien épique du Childebrand, s'indigne contre cette culbute que Boileau fait faire à Saint- Amant au fond de la mer Rouge : " Il ne ** se trouvera personne dans les siècles à venir, non plus ** que dans le nôtre, qui fasse monter plus haut la lan-

Page 1