‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 111 sur 258 · I. V. Prolég. § XIII, n' 2. — 2. Bol. LXI. — 3. Ep. X · texte numérisé non relu

I. V. Prolég. § XIII, n' 2. — 2. Bol. LXI. — 3. Ep. X

174 L'ART POÉTIQTiE.

Ce qui le poursuit sous " l'if et le chèvrefeuil " de son jardin d'Auteuil, c'est :

" La cadence, la ri//ic, la césure ('). "

Ailleurs, pour traduire cette pensée qu'il est satirique-né, Hoileau écrit :

" Je ne puis, pour louer, rencontrer une rime (^). "

Tout jeune, il se fait dire par les Cotins qu'il a, comme eux, dans ses hémistiches,

abattu le turban,

" Et coupé, pour rimer, les cèdres du Liban (3). "

Dans le passage du Rhin, en face des forteresses allemandes ou hollandaises, que Louis XIV prend, ** par centaines " — grâce à la rime — , il dit agréablement qu'un rimeicr resterait là " six semaines" ; et il craint que " la rime " n'aille mal à propos l'engager dans Arnheim !

Enfin, il a consacré une satire entière à exhaler sa bile rimée contre les difficultés de la rime :

" Dans ce rude métier où mon esprit se tue, " En vain, pour la trouver, je travaille et je sue, " Souvent, j'ai beau rêver (•♦) du matin jusqu'au soir, " Quand je veux dire blanc, la quinteuse dit noir. " Quand je veux d'un galant (5) dépeindre la figure, " Ma plume pour rimer trouve l'abbé de Pure; " Si je pense exprimer (^') un auteur sans défaut, " La raison dit Virgile et la rime Quinault^\

Il se plaint des barbouilleurs de papier qui, pour rimer plus vite, jettent de " froides épithètes " au bout du vers, (ce que Boileau s'est trop souvent permis). Comme Horace maudissait le premier navigateur,

I. Ep. XI. — 2. Sat. VII. — 3. Ep. I. — 4. \ ers léonins. — 5. Vers léonins. — 6. Vers léonins.

dont l'art et l'audace lui valait un chagrin au départ de V^irgile, Boileau maudit celui qui, le premier, pour son malheur,

" Voulut avec la rime enchaîner la raison. "

Il finit, en s'adressant à Molière :

" De grâce, enseigne-moi l'art de trouver la rime ".

Si nous avions eu un conseil à lui offrir, nous l'aurions plutôt adressé à Saint- Amant. C'est peut-être le poète qui a rimé le plus richement de tous au xvii^ siècle ('). La Bruyère déclare que Racine est " riche dans ses rimes " ; mais Ysluiç-uv d'A^/ui/ie approche-t il, en cela, de la perfection du poète des Goinfres et de la Solitude ?

Au jugement de Perrault le plus parfait ri))ietir du XMi^ siècle fut Benserade. " La richesse et le choix '' des rimes deces Rondeaux (Métamorphoses cVOvide)^ " et de tous ses ouvrages, ont quelque chose d'éton- " nant. Aussi est-il vrai que personne n'a jamais mieux *' rimé que lui (') ". Sauf meilleur avis, je laisse la palme à celui qui rapprocha si souvent l'une de l'autre les riches consonances de Faret et cabaret.

Toujours est-il que Boileau n'est pas un modèle irréprochable pour le choix et pour la richesse de ses consonances finales (^).

1. J'avais écrit ces lignes depuis deux ans, quand je trouvai ce même jugement formulé par un Jésuite contemporain de Boileau. Le P. Mourgues dit que Saint-Amant "' est peut-être le plus régulier de nos poètes, en fait de rimes. '" [Traité de la Poésie fr. — Rime.)

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