‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 112 sur 258 · Les hovijues illiisU'es^ etc. 1697, t. II, p · texte numérisé non relu

Les hovijues illiisU'es^ etc. 1697, t. II, p

3. Voici une critique de Coras, citée et justifiée, par le P. Mourgues. Il s'agit d'une finale en aire rimant avec une autre en erre. " Cette " licence, qui serait assez commode, ne me paraît point encore assez

Et pourtant Boileau avait des méthodes, à lui, pour rimer bien et dru. Brossette nous en avertit et nous expose la recette : " M. Despréaux faisait ordinaire- " ment le second vers avant le premier. C'est un des " plus grands secrets de la poésie, pour donner aux *' vers beaucoup de sens et de force. Il conseilla à " M. Racine de suivre cette méthode, et il disait à ce " propos : Je lui ai appris à rimer difficilement. "

Il plaît à Brossette d'appeler ce procédé " un des plus grands secrets de la poésie ". Brossette n'avait point senti *' l'influence secrète " ; aussi prend-il pour une merveille un moyen très connu de tous les initiés. Boileau semble avoir pensé là dessus comme Brossette; ou plutôt c'est lui-même qui enseigna ce " rare secret " au jeune avocat. — Cizeron-Rival reproduit la même anecdote sur la recette de Boileau, et la fait suivre d'une réflexion toute juste : "Boileau faisait '' passer pour un rare secret en poésie la méthode de " faire, dans l'occasion, le second vers, le premier. " Cependant il est sûr que c'est une adresse qui s'offre " naturellement, et que nul faiseur de vers, pour peu " qu'il ait de pratique, n'ignore. " Cizeron-Rival a raison d'ajouter le restrictif " dans l'occasion ". Les vers ne se font pas invariablement, selon la formule, comme une opération d'algèbre, ou une combinaison chimique.

Brossette écrit encore au sujet du passage qui nous occupe : '' Quand le second vers était plus faible que

" établie : et Coras qui ne pardonne rien à Despréaux, lui en a fait une

" faute dans sa parodie :

" Je me ris d'un rimeur qui, pour rimer à terre, " Dans ses égarements ne trouve qu'une chaire (*■).

Ces rimes pauvres se trouvent dans la satire IX, à l'endroit où Cotin fend des flots d'auditeurs.

*. Traité de poésie, etc., p. 60.

" le premier, M. Despréaux l'appelait le Frcre-chapcau, " faisant allusion à l'usaq^e des moines, qui sont " accompagnés d'un T^'cre quand ilssortent du couvent. " On ne verra point, disait-il, de Frcrc-chapeaît parmi " mes vers. Aussi faisait-il ordinairement (!) le second " vers avant le premier, comme je l'ai dit ailleurs. "

Les déclamations et invectives poétiques de Boileau contre la rime pourraient se prendre pour des badineries. C'est un artisan qui s'amuse et qui rit des "secrets" de son métier. Mais son siècle, ce siècle de la Raison, entendit beaucoup d'autres réquisitoires du même genre, sur un ton plus grave. Je commence par celui de Maucroix. M. de Maucroix écrit à Boileau luimême et le félicite, en ces termes, d'avoir toujours accordé la Raison et la Rime : " Vous ne vous laissez '* pas gourmander, s'il faut ainsi dire, par la rime. C'est " à mon avis, l'écueil de notre versification ; et je suis •* persuadé que c'est par là que les Grecs et les Latins " ont un si grand avantage sur nous(?!). Quand ils " avaient fait un vers, ce vers demeurait ; mais pour '* nous, ce n'est rien que de faire un vers ; il faut en " faire deux, et que le second ne paraisse pas fait pour '* tenir compagnie au premier (').

Oui, c'est là en effet un embarras bien sérieux, quand on est poète comme l'abbé de la Chambre, qui fit ce vers unique cité plus haut, ou comme ALalebranche qui en fit deux (').

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