V. les notes du Ch. IV.— Magnon, v
2. De la connaissance des bons livres. Traité III, 1671, p. 187-189.
** saphiques, d'hexamètres et de pentamètres.... (') " *' Quant à la contrainte qiiow croit qui en procède, *' on peut dire <7//'elle n'est que pour ceux qui no. savent ** pas bien faire des vers, \Qsquels la rime oblige à *' s'égarer de leur sujet, et à n'en prendre ^^^'un fort " vulgaire <7//'elle leur présente. Ceux qui sont heu- *' reux poètes, arrangent les mots dans les vers, *' comme s'ils y étaient nés. La nature y surpasse " l'artifice. Quelquefois même, tant s'en faut que la '* recherche des rimes les fasse extravaguer, qu'elle *' leur fournit des pensées, qu'ils n'auraient pas eues *' sans elle si facilement. Il est vrai que ceci est pour ** les bons maîtres qui tirent profit de tout.
Enfin le sieur de Souvigny conclut, en déclarant — ce qui est parfaitement exact — l'avantage de la rime française sur les rimes italienne et espagnole (^). C'est que nos rimes féminines, ou en e muet, ajoutent à nos vers une variété et une mélodie, que ne peuvent avoir les syllabes fermes des langues étrangères — '' à cause '* d'une certaine terminaison molle et prononcée à *' demi, qui se trouvent en quelques mots français, ** ce que les Italiens et les Espagnols n'ont point dans
1. Citons une strophe saphique, française. Elle est de Nicolas Rapin " lieutenant de robe courte à Paris " :
" Vous qui les ruïsseâux d'Helïcôn fréquentez. " Vous qui les jardins solitaires hântëz, " Et le fond des boïs, curieux de choisir *' L'ombre et le loïsîr.
( Tombeau de Ronsard).
2. Il faut se rappeler que l'italien et l'espagnol étaient, avec le français, les seules langues modernes estimées et cultii^ées des beaux esprits. Toutes les autres étaient des patois, des jargons, depuis l'anglais et l'allemand, jusqu'au bas-breton. — A la fin de la Guerre Poétique des anciens et des modernes, 1688, Apollon, c'est-à-dire Callières, permet " aux Allemands, Flamands, Anglais, Danois, Suédois, Polonais, Mos- " covites et Hongrois, d'écrire en vers latins^ pour être entendus des " trois nations polies. " (P. 288.)
'' leur hinn^Lie, toutes leurs terminaisons étant fermes " et entières. Par ce moyen, leur poésie est privée " d'une grande douceur et d'une agréable variété dont " la nôtre jouit ('). " La même année que Sorel, le P. Bouhours relevait ce mérite de notre versification : " Les rimes féminines... donnent une grâce singu- " lière à notre poésie (').
Ahilgré ces qualités de la rime française, Fénelon qui s'en servit pour quelques couplets de cantiques, l'attaqua violemment, et en plus d'une occasion. Il écrivait à la Mothe : '' La rime gêne plus qu'elle n'orne " les vers. (!) Elle les charge d'épithètes ; elle rend " souvent la diction forcée et pleine d'une vaine parure. '* En allonijfeant les discours, elle les affaiblit. Souvent " on a recours à un vers inutile pour en amener un " bon ('). "
Fénelon composait alors sa Lettre (janvier 17 14), et portait ses plaintes par devant l'académie. Il répète, en les '' allongeant ", les arguments qu'on vient de lire: " — Notre versification perd plus, si je ne me trompe, '' qu'elle ne gagne par les rimes ; elle perd beaucoup " de variété, de facilité et d'harmonie. Souvent la '' rime, qu'un poète va chercher bien loin, le réduit à " allonger et à faire languir son discours ; il lui faut '' deux ou trois vers postiches pour en amener un " dont il a besoin...
'' La rime ne nous donne que l'uniformité des " finales, qui est souvent ennuyeuse...