‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 119 sur 258 · I. Sat. des Sat. Se. VI. — 2. La dé/, du Poème hér. p · texte numérisé non relu

I. Sat. des Sat. Se. VI. — 2. La dé/, du Poème hér. p

qui assistait aux " Samedis ", et dont Molière amusa " la Cour et la Ville. "

On avait passé par XenpJucisDie anglais, par le cultis)}ic ou goiigorisnie espagnol, par le œncettisrne italien ; on en était encore un peu en France à Xalcôvisme des Précieux. Malherbe avait " dégasconné " la cour, l'hôtel de Rambouillet avait " dévulgarisé " la langue. Mais on avait fait du chemin, et, par haine du nom propre, on était arrivé à l'ère de la périphrase. Les Précieuses, les poètes qui avaient fréquenté la Chambre bleue ou les réunions de Sapho-Scudéry ; nombre de lettrés, jaloux de ne point parler comme M. Jourdain, affectaient les circonlocutions, les figures descriptives, le galimatias.

On peut en voir des échantillons dans le Didion- 7iaire de Saitmaise, ou même dans les Précietises de Molière. Chacun en a retenu les définitions du miroir et du fauteuil.

Il suffît de feuilleter les recueils du temps ; ces Heurs de beau langage en émaillent les fadeurs. On les rencontre semées dans \ Idylle héroïque de Saint-Amant sus-mentionnée. Cueillons-en quelques-unes çà et là. Saint-Amant appelle les poissons :

" Les rapides muets (^) ; "

" Les nageurs écaillés (^) ; "

ou

le soleil :

" Le Prince des flambeaux (3) ; "

la manne des Hébreux :

" Une grêle de sucre (4) ; " les vents :

" Les tyrans des vaisseaux (5) ; "

I. V^ P. Éd. de 1660, p. 60. — 2. VP P. p. 91. — 3. V^ P. p. 62. 4. V^ P. p. 72. — 5. VP P. p. 90.

Pour Saint-Amant la vulL^aire occupation de la pèche à la V][ine consiste à

*' Tromper le lemj^s cii trompant le poisson (') ; " respirer, c'est chasser

" 1 /esprit venteux dans les poumons enclos (^) ; "

Enfin un nègre qui nage dans le Nil " semble " à Saint-Amant.

" Un charbon que l'onde aurait éteint (3). "

Boileau devait bien rire de ces jolies trouvailles.

Ces périphrases n'étaient pas seulement la parure des vers ; mais de la prose soignée. — Un de nos écrivains, dit le P. l^ouhours, dans un ouvrage très sérieux, appelle les bâtiments irréguliers : di\<; solécisiucs en pierre ; les romans : des bateleurs en papier ; la sentence : le poivre blane de la dietion ; et la partie traînante des robes : des hyperboles de drap. — Cela nous remet en mémoire les périphrases du vieux du Bartras, qui nommait le soleil : le duc des chandelles qxXq. tonnerre : le tambour des dieux.

Cyrano est un parfait modèle de ce galimatias fleuri ; mais Cyrano s'amuse, quand il écrit: 1° "Le marteau ** de lajalousie sonne les longues heures du désespoir *' dans le clocher d'une âme. "

2° " L'écolier fripon, une pelote de neige entre les *' doigts, attend au passage son compagnon, pour lui " noyer le visage dans un morceau de rivière (^). "

3° " Le vin est un tonnerre liquide, un courroux " potable, et un trépas qui fait mourir lés ivrognes de '' santé {'). "

40 " A voir le cyprès chargé d'alênes au lieu de '* feuilles, je crois qu'il est le cordonnier des arbres (^). "

I. VII^ p. p. 103. — 2. XIF p. p. 178. 4. Lettre /. - - 5. Lettre IV. — 6. Lettre VI H.

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