Lu /ri», ch. V, v
** Prodiguer les grands mots, les figures sublimes " Et porter h l'excès la richesse des rimes ; " On baille, on s'assoupit ; et tout cet api)areil, " Après un long ennui, cause enfin le sommeil (')."
Même au siècle de Boileau, ces ouvrages parfumés d'opium, se rencontraient: je devrais dire, foisonnaient. On a rarement, si ce n'est au siècle suivant, fait plus de vers narcotiques.
Le Gcnovéfain Sanlecque dit même de certains morceaux rimes par ses confrères, qu'ils allaient (infandum !) jusqu'à endormir le coursier de Phébus:
" ...Un rimeur grossier récite avec emphase
" Ce qui, sur le Parnasse, endort jusqu'à Pégase (^) !"
L'ennui est le plus proche parent du sommeil. Boileau n'aimait guère les ouvrages qui ennuient, pas plus que ceux qui endorment. Quand il convie les Doctes Nymphes du Permesse. à chanter le Passage du Rhin, il leur fait cette recommandation :
"Venez donc, et surtout gardez- vous d'ennuyer (3) !"
Dans une note au vers de sa vii^ Epigramme :
" Hélas ! il faut lire Clovis, "
Boileau écrit simplement : " Poème de Desmarets, ennuyeux à la mort. " Et dans l' Epigramme xxvIII^ il déclare que l'auteur de " Peau d'Ane mis en vers " est le modèle du '' parfait ennuyeux ". Il en voulait
1. Parai, etc. 2*^ Éd., t. I. fin. — L'épigramme de La Monnoye contre Ménage est connue ; c'est une épitaphe :
" Laissons en paix Monsieur Ménage ; " C'était un trop bon personnage, " Pour n'être pas de ses amis.
" Souffrez qu'à son tour il repose, " Lui, de qui les vers et la prose " Nous ont si souvent endormis. "