Ibid
" vers burlesques; et puisque je suis cause en quelque façon du i^rand débordement qui s'en est fait, le P. Vavasseur n'aurait peut-être pas mal fait de s'en prendre à moi.
" Ceux qui vous ont dit que j'en étais en colère contre lui. ne me connaissent pas; et j'ignorerais encore qu'il eût écrit contre les insectes du Parnasse, si vous ne me l'aviez appris. Tout le public lui doit être obligé d'avoir fait \\\\ ouvrage, qui va à une réformation d'un si grand abus.
" Vous devriez bien me le faire voir, pour réparer le tort que vous m'avez fait, en me croyant capable d'une grande impatience.
" Je suis du Père Vavasseur et de vous, mon Révé-
" rend Père,
Le très humble, etc.
SCARROX.
Vigneul-Marville, cité plus haut, nous fournit sur le burlesque et ses origines, sur Scarron et ses collègues, enfin sur la censure faite par Boileau de ces frivolités grotesques, certains renseignements, qu'il est bon de recueillir. Il déclare que, seul, Scarron réussit '' dans ce style-là ", que '' cet auteur vraiment " original dans ce genre, ne forma que de très mau- " vais copistes; " il s'étonne de voir " qu'un homme " aussi incommodé que Scarron et qui souffrait les *' plus cruelles douleurs, ait pu avoir assez de tranquil- " lité d'esprit et assez d'agrément pour badiner éter- '' nellement. "
Vigneul-Marville ajoute : " Il est vrai que Scarron '' avait été élevé dans ce burlesque qu'il avait, pour " ainsi dire, sucé avec le lait; et c'est une anecdote " que je dois au public.
'' Scarron avait eu pour précepteur Jacques Moreau,
220 L'ART POÉTIQUK.
" qui entni depuis dans la Congrégation de l'Oratoire; " c'était lui sans doute, ([ui lui avait donné tant de " goût pour le burlesque. Ce fut, apparemment dans le *' temps qu'il était auprès de Scarron, que M. Moreau " composa son poème latin sur les Pygmées; car on " avoue dans la préface qu'il était fort jeune lorsqu'il "fit cet ouvrage. Or la Pygniéide est tout à fait bur- " lesque, quoiqu'elle soit écrite en vers héroïques... (')
" Il est assez plaisant de voir le maître et le disciple " donner, presque en même temps, deux poèmes bur- " lesques, l'un sur les /^^^;;^/^j", l'autre sur les Géants
" Scarron eut bien des singes. Le téméraire oisif " continua le Virgile travesti. Charles Coypeau, plus " connu par son nom d'Assoucy, entreprit de mettre '* en vers burlesques le Ravissement de Proserpine, " poème grand et pompeux de Claudien. Il rendit '' aussi ce mauvais office aux Métamorphoses d'Ovide, " sous le titre ^ Ovide en belle humeur. Despréaux, '' pour le dire en passant, qui ne lui sut pas bon gré " de vouloir perpétuer un style qu'on devait avoir " enseveli dans le tombeau de Scarron, le foudroya '' par ce vers :
•' Et jusqu'à d'Assoucy, tout trouva des lecteurs (=),
" Horace ne fut pas exempt de cette sorte d'insulte. " Un rimailleur se trouva assez de loisir, pour mettre *' en vers burlesques trente-huit odes de ce poète. *' L'ouvrage fut imprimé à Leyde, chez Jean Sambit, " en 1653. Le même libraire donna, la même année, '' L'Odyssée d' Homère, ou les Aventures d'Ulysse en '' vers burlesques. L'auteur, qui estima assez cet ouvrage,
1. On y trouve entre autres choses amusantes une description du pays de Cocagne.