‹ L'Art poétique (volume 2)Chapitre 16 sur 258 · IV · texte numérisé non relu

IV

" Tous les livres ont leur temps. " (Charles SOREL,sieur deSouvigny,C'^;/iiaissance des Bons Livres, 1671.)

ES codes se rédigent, quand les peuples sont déjà civilisés et puissants. Il en va de la sorte pour les Etats d'Apollon, comme pour les royaumes et empires politiques. Les législateurs sérieux, les Solon ou les Aristote, n'ont alors qu'à recueillir les coutumes observées

1. Le traité du P. Le Bossu parut quelques mois après le poème de Boileau ; le privilège est du 20 septembre 1674. La marquise de Sévigné écrivait à sa fille, le 2 octobre 1676 : " Je vous exhorte à lire le P. Le " Bossu. Il a fait un petit (?) traité de l'art poétique, que Corbinelli met " cent piques au-dessus de celui de Despréaux. " — Despréaux estimait cette lourde et fatigante dissertation ; il l'appelait " l'un des meilleurs " livres de poétique, qui, du consentement de tous les habiles gens, " aient été faits en notre langue. " (IIP' Réfl. crit.) Pour le lire aujourd'hui en entier, il faut presque de l'héroïsme.

2. La traduction est du Sieur de Xorville, qui, dans sa préface, se donne comme le premier traducteur de la Poétique d'Aristote. — Paris, chez Moëtte, in- 12. \\ Goujet, Bibl. franc.

3. Le P. Alourgues n'est pas encore im oublié. M. Th. de Banville lui faisait tout dernièrement de larges emprunts, iy . ci-après, p. 22.)

autour d'eux et à les sanctionner de leur autorité. Ce fut la tâche de I^oileau ('). Les cinq années qu'il y employa, furent le midi de notre littérature classique, le régne fécond du goût, l'ère des chefs-d'œuvre. Chacune de ces années (de 1669 à 1674) en vit éclore d'immortels.

M. Th. de Banville, dans un livre récent, curieux, hardi, écrit, au sujet des lois et ordonnances portées par Boileau : " Les grands contemporains de Boileau '* eurent des velléités de révolte ; en fin de compte, " ils se soumirent, avec l'enfantine bêtise du génie (^). " Affirmation plaisante, mais toute gratuite. Quels sont donc ces " grands " contemporains qui, à la façon des écoliers, se mutinent contre leur régent, puis s'apaisent en voyant poindre la férule ? Les contemporains qui se mutinèrent contre le Législatettr furent Desmarets, Carel de Sainte-Garde, Pradon ; je doute que M. de Banneville fasse à de tels révoltés l'honneur de les appeler '' grands ".

Quand X Art Poétique fut livré au public, presque tous les ouvrages classiques du xvii^ siècle avaient paru. Corneille, à cette même date, achevait sa course tragique et jetait sur la scène, dans Suréna, les derniers rayons de son génie. Racine n'avait plus que trois tragédies à faire. On entendait encore les derniers éclats de rire de Molière, enlevé à l'apogée de son talent. Lafontaine, qui, malgré Vaugelas et Boileau, s'oubliait à rimer en gaulois, avait écrit déjà six livres de ses Fables et préparait un second recueil dans le même goût et avec la même indépendance.

1. Pris en ce sens, le mot d'un jeune et habile critique, M. R. de la Sizeranne {Etude sur Ronsard, 1886, p. 6), " Les Boileaux arrivent toujours trop tard ", est d'une exactitude irréprochable. Les Boileaux arrivent, comme l'écho après la voix.

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